Origine et histoire de l'Hôtel des archives départementales
L’hôtel des archives départementales de la Gironde naît d’un besoin croissant de centraliser les documents administratifs à Bordeaux. Dès la fin du XVIIIe siècle, les archives, dispersées et mal conservées (notamment dans les combles de la préfecture), s’enrichissent considérablement. En 1819, elles sont transférées place des Chartrons, mais le bâtiment, vétuste et proche d’un dépôt d’alcool, s’avère inadapté. Malgré des projets de restauration en 1841, le conseil général opte en 1857 pour une construction neuve, déclarée d’utilité publique par décret impérial en 1860 sous le Second Empire.
La construction est confiée à Pierre-Auguste Labbé, architecte départemental déjà connu pour ses travaux sur la chapelle du Grand séminaire et l’hôtel des Sourdes-Muettes. Ses plans, validés en 1860 après une enquête publique, prévoient un édifice en forme de U sur l’emplacement de l’ancien manège communal, rue d’Aviau. La première pierre est posée le 11 mai 1862. Le choix du terrain, exproprié à MM. Minvielle et Machemin, répond à des contraintes économiques, bien qu’un emplacement plus visible (angle rue d’Aviau/cours de Verdun) ait été initialement envisagé. Le bâtiment, achevé en 1866, intègre des innovations comme une charpente métallique et des portes en fonte pour limiter les risques d’incendie.
L’architecture néo-classique du bâtiment vise à impressionner, avec une façade symétrique de 17 mètres de haut, ornée de pilastres corinthiens et de fenêtres en plein cintre. L’intérieur, organisé sur trois niveaux, sépare les espaces publics (vestibule, salle de lecture, bibliothèque) des magasins d’archives, situés dans les ailes latérales. Ces dernières, voûtées en pierre et éclairées par de larges fenêtres, sont conçues pour contrer l’humidité du quartier, craignant pour la conservation des documents. Le corps central abrite le logement de l’archiviste et des salles de classement, tandis que des portes en fonte de 800 kg isolent les dépôts pour des raisons de sécurité.
Dès son ouverture, l’hôtel des archives se révèle pionnier : c’est l’un des premiers bâtiments français dédié à cet usage, s’inspirant des archives de la Cour des Comptes de Paris (disparues) et de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Labbé y intègre des mesures anti-feu radicales (absence de bois, charpente métallique, dépôts circonscrits) et une optimisation spatiale (voûtes d’arêtes, contreforts intérieurs). Cependant, la saturation des espaces survient après la Seconde Guerre mondiale, nécessitant des aménagements en 1952 (rayonnages métalliques, atelier de microfilmage). Le site ferme définitivement au public en 2010, remplacé par un nouveau bâtiment cours Balguerie-Stuttenberg, mais reste accessible lors des Journées du patrimoine.
Inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1998, l’hôtel des archives départementales de la Gironde illustre l’évolution des besoins administratifs et des techniques de conservation au XIXe siècle. Son architecture, mêlant rigueur classique et innovations techniques, en fait un témoignage rare des premières constructions archivistiques françaises. Aujourd’hui propriété du département, il conserve une valeur patrimoniale malgré son désaffectation fonctionnelle.