Origine et histoire
L’Hôtel des Deux Ponts, aussi appelé Hôtel du Gouverneur militaire, est un édifice emblématique de Strasbourg, construit en 1754-1755 dans le style Régence. Commandé par les frères Gayot, dont François-Marie, préteur royal, il est érigé par l’architecte Joseph Massol et le maître-maçon Georges Muller. Son entrée principale donne sur la rue Brûlée, tandis que son jardin à la française s’ouvre sur la place Broglie. Dédié à Minerve, déesse de la sagesse, l’hôtel incarne l’opulence aristocratique du XVIIIe siècle alsacien.
En 1770, François-Marie Gayot, nommé intendant des armées, vend l’hôtel au duc Christian IV de Deux-Ponts, qui le lègue en 1780 à son neveu, Maximilien-Joseph. Ce dernier, colonel du régiment d’Alsace et populaire pour son caractère jovial et sa maîtrise du dialecte local, décore somptueusement les lieux avant de quitter la France en 1792 avec son mobilier. Sous la Révolution, l’hôtel devient la « Maison de l’Égalité », abritant un estaminet, puis un cirque et des baraques foraines sous le Directoire.
Racheté par l’État en 1823, l’hôtel est transformé en résidence du gouverneur militaire de Strasbourg, rôle qu’il conserve jusqu’à aujourd’hui, sauf pendant les annexions allemandes. Symbole de la présence militaire française en Alsace, il abrite aussi l’état-major de la 5e division. Classé monument historique en 1921, son parterre à la française et ses façades sont protégés. Situé au 13 rue Brûlée, il joue un rôle protocolaire majeur dans la capitale européenne.
Le jardin, redessiné au XIXe siècle après la suppression d’une aile, conserve un bassin central entouré de gazons et de plates-bandes. Bien que son tracé originel reste partiellement méconnu, des restaurations en 1993 ont permis de retrouver son esprit classique. Aujourd’hui propriété du ministère des Armées, l’hôtel reste un lieu de prestige, lié à des figures comme le maréchal Leclerc, dont le monument voisin à la place Broglie commémore le serment de Koufra.
Les gouverneurs militaires, depuis le maréchal de Chamilly (1681) jusqu’au général Régis Anthonioz (depuis 2024), ont marqué son histoire. Leur rôle, à la fois opérationnel et symbolique, renforce le lien entre l’armée et la ville. L’hôtel, témoin des bouleversements politiques et militaires de l’Alsace, incarne aussi la résilience strasbourgeoise, notamment après les guerres du XXe siècle.