Origine et histoire de l'Hôtel des Griffons
L’Hôtel des Griffons, situé à Dijon dans le quartier des drapiers, est la plus ancienne maison de pierre encore debout dans la ville. Construite au début du XIVe siècle pour la famille Griffon, d’origine servile, elle reflète leur ascension sociale fulgurante. Les tympans trilobés et la Vierge à l’Enfant ornant la façade suggèrent une édification précoce dans ce siècle, bien que le commanditaire exact reste inconnu. La famille Griffon, initialement marchande de tissus, accéda aux plus hautes fonctions civiles (maires, échevins, baillis) et religieuses (curés, prieurés) avant de s’éteindre au début du XVe siècle.
Plusieurs membres marquants de la famille vécurent dans cet hôtel. Philippe Ier Griffon (mort avant 1342) y résida en tant que procureur de Dijon. Son frère Girard, échevin et maire à plusieurs reprises, posséda de multiples propriétés en ville et finança une chapelle à la collégiale Saint-Étienne. Jean Ier, châtelain de Salmaise, et Pierre Ier, dernier vicomte-mayeur de la lignée, y habitèrent également. Trois cousins, Demoinges Ier, II et III, servirent l’Église comme curés dans Dijon et ses environs, sans laisser d’héritiers.
À la disparition des Griffon, la maison changea plusieurs fois de mains. Partagée entre Philippe Geliot (bourgeois et recteur de l’hôpital de la Maladière) et Bernard de Fontennes, elle fut ensuite louée par le chevalier Pierre Le Berruyer avant d’être acquise par Guienot Bonnot, vicomte-mayeur de Dijon (1409–1415). Au XVIe siècle, le sieur Rémond Clemenceaut la divisa : ses héritiers conservèrent la partie droite, tandis que la gauche (no 6) fut vendue à Pelu, maître à la Chambre des Comptes.
La façade de l’Hôtel des Griffons, remarquable pour ses éléments gothiques (tympans trilobés, sculpture de la Vierge), fut inscrite aux monuments historiques en 1926. Son histoire illustre les dynamiques sociales de la Bourgogne médiévale, où des familles d’origine modeste pouvaient accéder au pouvoir par le commerce et les alliances. Aujourd’hui situé 4 rue de la Chaudronnerie, il reste un témoignage rare de l’architecture civile dijonnaise du XIVe siècle.