Origine et histoire de l'Hôtel-Dieu
L’Hôtel-Dieu de Carpentras fut édifié au milieu du XVIIIe siècle (1750–1762) sous l’impulsion de Joseph-Dominique d’Inguimbert (dom Malachie), évêque de la ville et mécène éclairé. Ce projet ambitieux succédait à cinq établissements hospitaliers médiévaux, jugés inadaptés aux besoins sanitaires. L’architecte Antoine d’Allemand, cousin de l’évêque, conçut un quadrilatère de 100×80 mètres, organisant espaces de soins, chapelle baroque, et pharmacie dotée de faïences rares. Financé par le diocèse et la municipalité, l’édifice intégrait des matériaux locaux (pierre de Caromb, marbre de Caunes-Minervois) et des innovations comme un escalier monumental central.
L’hôtel-Dieu fut desservi dès 1764 par les sœurs augustines, sous la règle de saint Augustin, mais leur rôle évolua avec les bouleversements politiques. Pendant la Révolution, l’hôpital devint un lieu de soins militaires, puis retrouva sa vocation civile au XIXe siècle. Un incendie en 1847 détruisit une partie de la toiture et de l’escalier, restaurés grâce au legs d’Isidore Moricelly, boulanger marseillais natif de Carpentras. Ce dernier finança aussi des vitraux et la consolidation du bâtiment, permettant son classement comme monument historique en 1862.
Au XXe siècle, l’hôtel-Dieu s’adapta aux normes sanitaires modernes : chauffage central (1910), blocs opératoires (1931), et maternité (1934, financée par Moricelly). Pendant les deux guerres mondiales, il accueillit blessés et malades civils, dont des victimes de la grippe espagnole (1918) ou de la diphtérie (1939). Les sœurs augustines, réduites à cinq membres, quittèrent définitivement les lieux en 1976. Les soins furent transférés en 2002 vers un pôle santé moderne, laissant place à la bibliothèque Inguimbertine (inaugurée en 2017) et au marché aux truffes, l’un des plus importants de France depuis 2008.
L’architecture reflète les principes des Lumières : vastes salles aérées pour limiter les miasmes, chapelle ornée de marbres, et pharmacie conservant 178 tiroirs et des pots en faïence des XVIe–XVIIIe siècles (Moustiers, Montpellier). La façade baroque, tournée vers Avignon, symbolise l’ouverture de la ville. Classé pour son patrimoine mobilier (62 objets répertoriés), l’édifice incarne aussi la philanthropie de dom Malachie, fondateur de la bibliothèque éponyme, et l’héritage médical du Comtat Venaissin, marqué par les épidémies (peste, syphilis).
Aujourd’hui, l’Hôtel-Dieu allie mémoire hospitalière et dynamisme culturel. Sa cour d’honneur, autrefois jardin des sœurs, accueille marchés et festivals (Trans’Art, Kolorz). La bibliothèque, transférée en 2017, y expose des fonds rares, dont des manuscrits de Peiresc. Le bâtiment, propriété communale, reste un témoin majeur de l’histoire sociale et religieuse de Provence, entre charité médiévale et modernité sanitaire.