Origine et histoire de l'Hôtel-Dieu
L’Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand est un ancien établissement hospitalier fondé au XVIIIe siècle, situé sur le rebord du plateau central, dans le sud du centre historique. Son site de 4,5 hectares, inscrit aux monuments historiques depuis 2004, remplace l’hôpital Saint-Barthélemy et intègre des caves et souterrains caractéristiques de la ville. Il a fonctionné près de 230 ans avant sa fermeture en 2009, marquée par le transfert des activités vers le nouvel hôpital d’Estaing.
Le premier bâtiment, construit entre 1767 et 1773 par l’architecte Dijon, offrait 500 lits. Agrandi entre 1808 et 1815 par Rousseau, il fut renommé grand hospice de l’humanité pendant la Révolution. Au XIXe siècle, Jean Teillard y ajoute l’école de sages-femmes (1892), considérée comme la plus moderne de France, tandis qu’au XXe siècle, Jean Amadon construit la polyclinique (1920) et des pavillons en style Art Déco, ornés par les sculpteurs Gustave Gournier et Émile Méry.
La reconversion du site, initiée après 2009, prévoit une bibliothèque municipale de 9 571 m2 (ouverture en 2026), 980 logements, des espaces verts et des commerces. Des fouilles archéologiques (2020-2021) ont révélé des vestiges antiques, dont un axe majeur du IIe siècle. Le projet, controversé, a impliqué des modifications du plan d’occupation des sols et des démolitions partielles, malgré l’inscription partielle du monument en 2004.
L’architecture de l’Hôtel-Dieu reflète des styles variés : néoclassique (colonnade dorique de Rousseau), gothique et Louis XIII (école de sages-femmes), Art Déco (pavillons Amadon) et moderniste (pavillon Est d’Albéric Aubert). Les bas-reliefs de Gournier et les peintures d’Émile Méry, comme la salle Duprat, témoignent de son riche patrimoine artistique. Le site, vendu 25 millions d’euros en 2010, reste un symbole de l’histoire hospitalière et urbaine clermontoise.
La gestion du projet a suscité des tensions entre le CHU, la mairie et les promoteurs, notamment sur la hauteur des constructions et la préservation des espaces. En 2015, un compromis a permis de lancer les aménagements, combinant patrimoine et modernité. Les 5 millions de coûts de fouilles et les 10 millions de gardiennage (2014) illustrent les défis financiers de cette reconversion majeure.
Aujourd’hui, l’Hôtel-Dieu incarne la transition entre mémoire hospitalière et dynamisme culturel, avec un programme étalé sur 7 ans. Son histoire, documentée par des ouvrages comme ceux de Jean Belin ou Bernard Dompnier, en fait un lieu emblématique de l’Auvergne, entre héritage médical, architectural et urbain.