Origine et histoire
L'Hôtel-Dieu de Coeffort, situé au Mans, fut fondé en 1180 par Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre et comte du Maine, en expiation du meurtre de Thomas Becket. Construit entre 1180 et 1207, il était initialement un hôpital pour malades, pauvres et pèlerins, situé hors des remparts de la ville, sur une route de pèlerinage. Son architecture de style Plantagenêt en fait un témoin précoce du gothique dans l'Ouest de la France.
L'édifice, géré par des frères et sœurs laïcs sous l'autorité de l'évêque, devint aussi un lieu de pardon et de distribution d'indulgences. Au XIVe siècle, il fut agrandi grâce à des dons de bourgeois manceaux, puis transformé en 1649 par saint Vincent de Paul, qui y installa une chapelle et un séminaire pour les Lazaristes. Ces derniers y œuvrèrent jusqu'en 1791, combinant soins, enseignement et missions rurales.
En 1793, l'Hôtel-Dieu devint un bien national : son mobilier fut vendu, et l'édifice servit de prison pour les prêtres réfractaires puis d'écurie pour l'armée. Classé monument historique en 1947, il fut restauré à partir de 1951. En 1953, on y découvrit le trésor de Coeffort, un ensemble exceptionnel d'orfèvrerie médiévale du XIVe siècle, aujourd'hui exposé au musée archéologique du Mans.
Le trésor, composé de 31 pièces en argent (coupes, cuillères, aiguière), porte des poinçons et inscriptions liant certaines pièces à la confrérie hospitalière. Enfoui en 1420 pendant la guerre de Cent Ans pour échapper aux pillages anglais, il resta caché jusqu'à sa redécouverte. Les pièces, comme le gobelet repoussé ou la cuillère pliante à tête d'animal, illustrent l'artisanat raffiné des orfèvres manceaux.
L'église actuelle, dédiée à Sainte-Jeanne-d'Arc depuis 1923, conserve des éléments médiévaux remarquables : chapiteaux du XIIe siècle, peintures murales du XIIIe (dont l’Agneau mystique), et tapisseries du XVIIe siècle (comme celle d'Aubusson représentant Jeanne d'Arc). Les vitraux modernes, œuvre de Max Ingrand, célèbrent Henri II, Vincent de Paul et la patronne des lieux.
Malgré la destruction du séminaire en 1962, l'édifice, long de 50 mètres, reste un chef-d'œuvre architectural avec ses 21 voûtes et ses décors préservés. Les travaux de restauration (1951–2005) ont permis de redécouvrir son histoire, entre hospitalité médiévale, occupation militaire et renaissance cultuelle au XXe siècle.