Origine et histoire de l'Hôtel-Dieu
L'Hôtel-Dieu de Lyon résulte de trois grandes campagnes de travaux dont il reste peu de traces de l'hôpital du XVe siècle. Au XVIIe siècle l'établissement est remanié selon un plan en croix dit des « Quatre-Rangs », auquel s'ajoutent des bâtiments le long de la grande rue de l'Hôpital et une chapelle du milieu du siècle, flanquée de deux clochers monumentaux. La grande aile dessinée par Soufflot est entreprise au XVIIIe siècle et ses travaux se poursuivent jusqu'au XIXe siècle : le grand dôme, destiné au renouvellement de l'air et doté d'une chapelle, est commencé au milieu du XVIIIe et achevé en 1764, tandis que les bâtiments perpendiculaires abritent de vastes réfectoires, dont celui des Sœurs d'une taille remarquable. Le projet de Soufflot n'est achevé qu'au XIXe siècle avec l'aménagement de promenoirs ; la dernière tranche de travaux, close à la fin du XIXe siècle, voit la construction d'un second dôme signé Pascalon et l'installation de poutrelles métalliques intérieures notables. Au milieu du XXe siècle, l'Hôtel-Dieu accueille une partie des services de la Charité et reçoit dans deux ailes des Quatre-Rangs des décors importants — salle des archives, salle du conseil et apothicairerie —, donnant naissance au musée des hospices civils en 1935-1936. Le XXe siècle est ensuite surtout consacré à la modernisation et à la rénovation de l'hôpital.
Situé sur la presqu'île, en bordure ouest du Rhône dans le quartier de Bellecour, l'Hôtel-Dieu occupe un site hospitalier ancien : un établissement antérieur est attesté en 1184 et son rôle hospitalier renvoie à une institution fondée au VIe siècle, connue sous divers noms et disparue vers la fin du XVe siècle. Au Moyen Âge, une confrérie de bourgeois fit appel à l'ordre des frères pontifes pour édifier, au débouché du pont du Rhône, une maison des pèlerins attestée en 1184-1185, ancêtre de l'hôpital du Pont du Rhône. Le premier hôpital, établi sur des terres de l'archevêque sous l'invocation de Beatae Mariae, était modeste : prieuré, petite église et accueil des nécessiteux; un médecin attitré y est mentionné en 1454. La municipalité acquiert et agrandit l'édifice à la fin du XVe siècle ; un nouvel hôpital ouvrira en 1493 et s'enrichira progressivement d'un cimetière et d'autres installations annexes, mais il ne subsiste aujourd'hui rien de ces constructions après les remaniements des siècles suivants.
À la Renaissance, les autorités municipales décident d'un hôpital plus vaste, l'Hôpital de Notre-Dame de la Pitié ou Grand Hôtel-Dieu. François Rabelais y est nommé médecin en 1532 et quitte son poste en 1535, sans que soit développée ici la raison exacte de son départ. Au XVIIe siècle les locaux sont reconstruits en croix et une nouvelle église, selon les plans de Guillaume Ducellet, voit sa première pierre posée en présence des autorités ecclésiastiques et civiles. Des agrandissements se poursuivent ensuite, notamment un bâtiment pour convalescents sur les quais du Rhône. L'Ancien Régime connaît enfin une période d'essor hospitalier et scientifique, portée par des praticiens renommés.
Le grand chantier du XVIIIe siècle donne à l'Hôtel-Dieu son décor néoclassique le plus marquant : Soufflot élève une façade de pierre de taille très ornementée et un dôme monumental, auquel sont ajoutées des statues sculptées par Pierre‑Marie Prost représentant Childebert et Ultrogothe, fondateurs du premier hôpital lyonnais. Malgré quelques critiques sur l'aspect ostentatoire des travaux, l'hôpital jouit alors d'une excellente réputation médicale. La Révolution entraîne en revanche la suppression des structures religieuses et une crise financière aiguë ; l'administration municipale cède la direction de l'établissement aux autorités départementales, et le siège puis le bombardement de Lyon en 1793 laissent l'Hôtel-Dieu en ruines, tandis que la Terreur frappe durement les personnels médicaux et pharmaceutiques.
Au XIXe siècle l'hôpital s'agrandit encore et voit son administration se rapprocher de celle de la Charité ; médecins, chirurgiens, aumôniers, frères et sœurs y exercent selon des règles professionnelles et institutionnelles renouvelées. Lyon devient un centre chirurgical important, illustré par plusieurs chirurgiens majeurs qui y ont exercé et marqué la pratique médicale régionale. Au tournant du XXe siècle, la découverte et l'usage des rayons X sont rapidement mis en œuvre à l'Hôtel-Dieu, qui accueille la première installation radiologique lyonnaise.
Le XXe siècle est marqué par des usages divers : réquisition militaire en 1914, création en 1923 d'un centre anticancéreux dans le grand dôme puis transfert progressif des activités, création du musée des Hospices civils en 1936, dommages importants pendant la Seconde Guerre mondiale — notamment l'incendie du dôme en 1944 — et des travaux de reconstruction et de restauration ultérieurs. L'hôpital conserve une activité médicale soutenue durant la seconde moitié du siècle, tout en voyant se développer de nouveaux services.
Classé monument historique par arrêté du 21 novembre 2011, l'ensemble fait l'objet, au début du XXIe siècle, d'une reconversion partielle. Les services hospitaliers sont transférés à d'autres établissements et le site est réhabilité pour accueillir un hôtel de grand standing, des commerces, des bureaux et une cité de la gastronomie ; les cours intérieures sont ouvertes au public et une partie des espaces a été inaugurée entre 2018 et 2019. Le musée des hospices civils, fermé fin 2010, fait l'objet de projets de réinstallation pour rassembler des collections médicales lyonnaises d'importance historique. L'Hôtel-Dieu demeure un lieu central du patrimoine urbain et mémoriel de Lyon.