Origine et histoire de l'Hôtel-Dieu
L’Hôtel-Dieu de Nogent-le-Rotrou fut fondé en 1182 sur un axe de pèlerinage vers Compostelle, offrant refuge et soins aux voyageurs et aux pauvres. Situé dans une ville alors sous influence des comtes du Perche, il incarnait la charité médiévale, avec une chapelle centrale entourée de petites maisons indépendantes pour les malades et les religieux.
Au XVIIe siècle, l’établissement se transforme sous l’impulsion de Maximilien de Béthune, duc de Sully (1559–1641), ministre d’Henri IV et seigneur de Nogent-le-Rotrou. De confession protestante, Sully choisit d’y être inhumé hors de l’église, dans une cour où son épouse Rachel de Cochefilet fait ériger un mausolée en ardoise surmonté de leurs statues orantes, sculptées par Baudin. En 1643, un portail monumental en pierre calcaire, orné de colonnes corinthiennes et d’un fronton armorié, est ajouté pour marquer l’entrée de la cour.
Entre 1728 et 1732, la salle des hommes remplace la maison des Voûtes, suivie en 1772 par la construction de la salle des femmes, contiguë à l’oratoire. Au XIXe siècle, sous la direction de l’architecte Lebart (1861–1866), l’hospice s’agrandit : un étage est ajouté au corps principal, un avant-corps est érigé pour les salles de bain, et une tourelle d’escalier est construite en 1868. L’établissement, géré par les sœurs de Saint-Vincent de Paul depuis 1672, accueille aussi un hôpital militaire en 1878 et une maternité en 1933.
Le portail, endommagé pendant la Révolution, est restauré en 1897 avec l’ensemble de la façade. Classé Monument Historique en 1990 pour son portail et sa porte bâtarde, l’Hôtel-Dieu témoigne de l’évolution des pratiques hospitalières, de l’architecture religieuse et civile, ainsi que du mécénat aristocratique. Aujourd’hui, il reste un symbole du patrimoine caritatif et architectural du Perche, intégré au tissu urbain de Nogent-le-Rotrou.
L’édifice illustre aussi les transformations sociales : d’hospice médiéval à hôpital moderne, il reflète les progrès médicaux et les réformes urbaines des XVIIIe et XIXe siècles. Son histoire est indissociable de celle de la ville, marquée par les guerres de Religion, la Révolution, et l’industrialisation, tout en conservant des traces de son rôle initial d’accueil et de soin.