Origine et histoire de l'Hôtel-Dieu
L’Hôtel-Dieu de Senlis, fondé au XIIIe siècle, s’organise autour d’un bâtiment principal abritant un sanctuaire et des salles pour les malades, orienté perpendiculairement à la rue du Châtel. Ce complexe hospitalier médiéval inclut aussi des logis latéraux, ajoutés jusqu’au XVIIe siècle, qui hébergeaient un couvent de religieuses ainsi que des services essentiels : cuisine, réfectoire, pharmacie, et greniers. Son architecture se distingue par un tympan trilobé sculpté de motifs végétaux et de crochets, et par des arcades brisées séparant les trois nefs intérieures. Ces éléments, typiques de l’art gothique, reflètent la dualité spirituelle et caritative de l’établissement.
Un premier hôtel-Dieu est établi en 1170 par Louis le Jeune dans le faubourg Saint-Martin, hors des remparts de Senlis, avant d’être transféré en 1208 près du château royal, sur l’actuelle rue du Châtel, pour des raisons de sécurité. Son fonctionnement repose sur des dons royaux, épiscopaux et privés (terres, argent, dîmes), lui permettant d’accueillir et soigner les pauvres. Malgré des crises comme la peste au XIVe siècle et une gestion parfois défaillante, l’hôtel-Dieu survit jusqu’à la Révolution. Vendu en 1806, il subit alors des dégradations majeures : destruction du bas-côté sud, du clocher, et de l’abside, tandis que la salle des malades devient un entrepôt au XIXe siècle.
Les protections patrimoniales interviennent tardivement : la porte du XIIIe siècle et les arcades intérieures sont inscrites en 1927, suivies en 2020 par les façades, toitures, et la salle des malades avec sa cave. Ces mesures visent à préserver les vestiges d’un lieu emblématique de la charité médiévale, marqué par près de 600 ans d’histoire hospitalière.
Le site illustre l’évolution des pratiques médicales et religieuses au Moyen Âge, où les hôtels-Dieu jouaient un rôle central dans l’assistance aux plus démunis. À Senlis, ville proche de Paris et liée à la couronne, cet établissement bénéficiait d’un soutien royal constant, tout en subissant les aléas politiques et sanitaires de son époque. Aujourd’hui, ses ruines et éléments protégés témoignent de cette vocation à la fois spirituelle et sociale, ancrée dans le paysage urbain depuis le XIIIe siècle.