Origine et histoire
L’hôtel de Vignolles, construit en 1549 par Jean de Vignolles, est un hôtel particulier situé place Saint-Pierre, dans le Vieux-Mans. Son architecture gothique locale, marquée par une verticalité prononcée, reflète une transition entre les traditions du XVe siècle et les influences parisiennes. Bien qu’inachevé, l’édifice se distingue par son plan en U, ses deux cours et ses pavillons asymétriques, conçus pour impressionner. Son étalement horizontal, rare pour l’époque, contraste avec les hôtels mansardés du quartier.
Le terrain appartenait autrefois aux comtes du Maine, intégrant le palais comtal avant d’être cédé à des particuliers au XVe siècle, faute de moyens pour son entretien. Jean de Vignolles, conseiller du roi et lieutenant de la sénéchaussée du Maine, acquiert le site en 1548 pour y ériger une demeure mêlant prestige et fonctionnalité. Les matériaux (tuffeau, chêne, ardoise d’Anjou) révèlent un luxe mesuré, tandis que la disposition des pièces – dont 11 chambres à l’étage – suggère un usage à la fois résidentiel et représentatif.
La construction, financée par les revenus de Vignolles, utilise des techniques locales (moellons, enduit de chaux) tout en intégrant des éléments luxueux comme l’ardoise. Le portail blasonné et les deux cours, dont une fermée par un mur-écran, soulignent la richesse du propriétaire. Cependant, des modifications ultérieures (division en 1799, destruction de la chapelle voisine en 1793) altèrent son unité originale. Classé monument historique en 1946, l’hôtel reste un témoignage de l’ambition architecturale de la Renaissance au Mans.
L’hôtel de Vignolles incarne aussi les tensions religieuses de l’époque : en 1562, Jean de Vignolles et son épouse, condamnés à l’exil pour leur protestantisme, voient leur demeure marquée par une croix portant leur sentence. Le bâtiment, conçu pour dominer symboliquement le protestantisme saumurois, illustre les rivalités entre élites locales. Aujourd’hui propriété municipale depuis 1926, il fait l’objet de restaurations continues pour préserver son héritage.
Son architecture, à mi-chemin entre les modèles parisiens et ligériens, préfigure les hôtels classiques du XVIIe siècle. La cour ouest, initialement secondaire, devient l’entrée principale après l’abandon de la cour est, prévue comme espace d’appareil. Les galeries et arcades projetées, partiellement réalisées, devaient renforcer l’effet monumental. Malgré ses imperfections, l’hôtel reste un exemple rare d’adaptation des codes aristocratiques à un contexte urbain provincial.