Origine et histoire de l'Hôtel du connétable de Montmorency
L’hôtel du connétable de Montmorency, situé à Pézenas, fut construit entre 1590 et 1600 dans les faubourgs de la ville, à l’initiative d’Henri Ier de Montmorency. Ce dernier en fit don en 1614 à Alphonse de Federico, son maître d’hôtel italien, qui entreprit d’importants travaux entre 1619 et 1621, transformant la demeure en une résidence exceptionnelle pour l’époque. La cour, séparée de la rue par un mur sous une grande arcade, et les façades ornées de bossages à table plane – technique popularisée par Philibert de L’Orme et Pierre Lescot – témoignent de cette ambition architecturale. La porte d’entrée monumentale, avec ses pilastres doriques et son fronton brisé, illustre également l’influence des modèles parisiens.
La demeure, initialement vaste avec deux cours, des écuries et un jardin, fut divisée après 1672. La partie ouest (actuels n°13-15 rue Henri-Reboul) revint à Jacques Elix, maître d’hôtel de l’archevêque de Narbonne, qui y réalisa des aménagements dès 1673. La partie est (n°9-11), intégrée à la dot de Françoise de Saint-Gilles, fut vendue en 1695 à Pierre de Montbrun pour le compte de Michel-Achard Rousseau de La Valette, intendant du Prince de Conti et maire de Pézenas. Malgré des remaniements ultérieurs, l’hôtel conserva des éléments Renaissance remarquables, comme les baies à meneaux et la cave voûtée.
L’hôtel est surtout célèbre pour avoir accueilli Louis XIV le 6 avril 1660, soulignant son prestige. Attribuée traditionnellement à l’entourage d’Henri Ier de Montmorency, sa conception architecturale doit cependant beaucoup à Alphonse de Federico, dont les choix stylistiques – comme les tuiles vernissées ou les escaliers en vis – en firent un édifice unique en Languedoc. Classé Monument Historique en 1933 et 1992 pour ses façades, sa cour et son porche, il incarne aujourd’hui le faste des résidences aristocratiques de la Renaissance tardive.
Au XVIIIe et XIXe siècles, la demeure passa entre les mains de familles locales (Reboul, l’Epine, Barral d’Arènes), subissant des modifications qui altérèrent partiellement son aspect originel. Seul le pavillon occidental de l’arcade d’entrée et certains décors intérieurs (comme les bossages ou la porte à fronton brisé) rappellent son éclat passé. Les archives mentionnent aussi des travaux de réparation menés par Federico dès 1619, impliquant les maîtres-maçons Pierre Dupred et Étienne Henry, qui contribuèrent à sa structure actuelle.
La localisation de l’hôtel, à l’origine en périphérie de Pézenas, reflète l’expansion urbaine de la ville au XVIIe siècle. Son histoire, liée à des figures comme Montmorency ou Federico, mais aussi à des personnalités locales (maires, intendants), en fait un témoin des réseaux de pouvoir et des échanges culturels entre la cour de France et le Languedoc. Aujourd’hui, bien que partiellement remanié, il reste un exemple rare d’architecture civile Renaissance dans la région, protégé pour ses éléments les plus emblématiques.