Origine et histoire de l'Hôtel du Corbeau
L’Hôtel du Corbeau, situé au 1 quai des Bateliers à Strasbourg, est un ensemble architectural intégré au tissu urbain de la vieille ville, à proximité immédiate de la cathédrale. Son histoire remonte au moins à 1306, date à laquelle une hostellerie est mentionnée pour la première fois sur ce site, faisant d’elle l’une des plus anciennes auberges de la ville. L’établissement, nommé « Zum Rabe » (« Au Corbeau » en alémanique) à partir de 1528, accueille au fil des siècles des voyageurs illustres, dont des ducs, des généraux et même des rois, comme Jean II Casimir Vasa de Pologne en 1669 ou Frédéric II de Prusse en 1740. Son rôle d’auberge perdure jusqu’en 1854, marqué par un incendie en 1668 et une adaptation progressive à des fonctions postales (Poste aux chevaux) aux XVIIIe et XIXe siècles.
À partir de 1852, l’hostellerie laisse place aux ateliers de vitraux de la maison Ott, qui en font le plus important établissement d’Alsace dans ce domaine jusqu’en 1982. Le site subit alors d’importantes modifications architecturales pour s’adapter à cette nouvelle activité, incluant la création de verrières et d’ateliers spécialisés. Parallèlement, des artisans comme un passementier (1871-1990) occupent une partie des locaux. En 1950, le docteur Schuh acquiert l’ensemble pour y installer des laboratoires médicaux, tandis que la ville de Strasbourg devient propriétaire en 1981, à l’exception des bâtiments d’entrée. Des fouilles archéologiques en 1999 révèlent des vestiges des XVe et XVIe siècles, confirmant l’ancienneté du site.
L’ensemble de la Cour du Corbeau, long de 110 mètres, se compose de bâtiments hétérogènes en termes de style et d’époque, unifiés par leur implantation autour de cours étroites. Classé Monument Historique en 1930 pour ses façades et toitures, et en 1933 pour son puits, le site illustre une conservation intégrée du patrimoine. Après des décennies de transformations, il retrouve aujourd’hui une vocation proche de son origine, abritant un hôtel 4 étoiles et un restaurant gastronomique, tout en préservant les traces de son histoire multiséculaire.
Parmi les visiteurs célèbres, on compte le duc de Bavière (1570), le prince Auguste de Saxe-Lauenbourg (1622), le duc Charles IV de Lorraine (1631), le général suédois Gustaf Horn (1632), ou encore le vicomte de Turenne (1647). L’empereur d’Autriche y séjourne incognito en 1776 sous le nom de comte de Falkenstein. Ces séjours témoignent du prestige de l’auberge, qui servait aussi de lieu de rencontre pour l’aristocratie et les militaires en transit, notamment pendant la Guerre de Trente Ans.
Les plans-reliefs de Strasbourg (1725 et 1836) montrent que la disposition générale des lieux est restée similaire au fil des siècles, malgré des aménagements comme la réduction de la dernière cour lors du percement de la rue Klein. Les restaurations ultérieures se sont appuyées sur ces documents pour retrouver les dispositions d’origine. La Cour du Corbeau incarne ainsi une superposition d’usages — auberge, poste, atelier artisanal, laboratoire — reflétant l’évolution économique et sociale de Strasbourg du Moyen Âge à l’époque contemporaine.