Origine et histoire de l'Hôtel du Haubergier
L'Hôtel du Haubergier, situé à Senlis dans l'Oise, est un hôtel particulier du début du XVIe siècle, édifié sur une cave datant du XIIe siècle. Il se distingue par sa façade en pierre et brique, sa tourelle d'escalier octogonale, et ses statues de Vierge, dont une décapitée pendant la Révolution. Le bâtiment a servi de résidence bourgeoise avant d'accueillir le musée d'archéologie de 1927 à 1982, puis de redevenir une habitation privée en 1983. Son nom provient de la rue du Haubergier, un axe secondaire de Senlis, bien que cette appellation ne remonte qu’au XIXe siècle.
La rue du Haubergier, mentionnée dès 1238 sous des variantes comme vicum Haubergière, tire son nom du métier de haubergier (artisan fabriquant des cottes de mailles), bien qu’aucune preuve ne confirme la présence de ces artisans dans le quartier. L’hôtel a toujours appartenu à des citoyens de Senlis, contrairement à d’autres hôtels particuliers de la ville liés à des institutions religieuses. Le premier propriétaire identifié est Regnault de Bonvilliers, Prévôt Forain de Senlis au XVIe siècle, bien que des chartes de 1522 évoquent des propriétés voisines liées à la famille de Garlande, seigneurs locaux.
De 1927 à 1982, l’hôtel abrite le musée d’art et d’archéologie de Senlis, géré par la Société d’Histoire et d’Archéologie. Le musée, organisé sur trois étages (lapidarium en cour, vestiges en cave, collections au 1er étage), ferme en 1940 après des dégâts causés par un obus allemand. Un long conflit juridique avec la propriétaire retarde sa réouverture jusqu’en 1955, après le rachat par la municipalité en 1951. Les collections sont alors transférées à la ville, sauf la bibliothèque. L’hôtel, classé Monument historique en 1933 (inscription) puis en 1987 (classement partiel), retrouve son usage résidentiel en 1983.
L’architecture de l’hôtel mêle des éléments Renaissance (fenêtres à meneaux, moulures prismatiques) et des traces gothiques (chimères, gargouilles). La cave voûtée, en deux niveaux, inclut une ancienne carrière souterraine ayant fourni une partie des pierres du bâtiment. La façade sur rue, plus rustique, contraste avec la cour intérieure en pierre de taille. La tourelle d’escalier, endommagée en 1940, a été restaurée dans les années 1950. Une statue de Vierge à l’Enfant, décapitée pendant la Révolution, a été remplacée en 1997 par un moulage.
Le puits de la cour, jadis partagé avec la maison voisine, et les statues (dont une Vierge sur colonne cannelée) rappellent les usages domestiques et symboliques de l’époque. Les armoiries des seigneurs d’Ognon de la Fontaine, visibles sur le socle de la statue, soulignent les liens de l’hôtel avec l’aristocratie locale. Après des décennies de transformations (musée, restaurations), le bâtiment incarne aujourd’hui le patrimoine civil de Senlis, entre histoire médiévale et Renaissance.
La protection de l’hôtel s’inscrit dans une volonté de préservation du secteur sauvegardé de Senlis, marqué par son enceinte médiévale. Son inscription en 1933, puis son classement partiel en 1987, reflètent son importance architecturale et historique. Bien que moins connu que les monuments religieux de la ville, il témoigne de la vie bourgeoise à Senlis et des adaptations successives de son bâti, des caves médiévales aux restaurations modernes.