Origine et histoire de l'Hôtel du Petit-Saint-Vincent
L’Hôtel du Petit-Saint-Vincent, situé au 1 rue Saint-Martin à Laon, fut construit entre 1529 et 1534 pour servir de résidence urbaine aux moines de l’abbaye bénédictine de Saint-Vincent. Les religieux, propriétaires depuis le XVIe siècle d’une maison entre l’hôtel de la Gerbe et l’hôtel de la Couronne, acquirent en 1527 des maisons au début de la rue Saint-Martin pour y ériger ce nouvel édifice. La construction, homogène et en pierre calcaire, inclut deux tourelles encadrant la façade, une cour intérieure avec une tour octogonale abritant un escalier en colimaçon, et un second bâtiment à pignon triangulaire orné de statues allégoriques. La chapelle, ajoutée en 1537, surmonte un passage voûté entre la rue et la cour.
Pendant les guerres de Religion, l’hôtel devint un bastion des ligueurs, où l’abbé, revêtu d’une cuirasse, combattait aux côtés du capitaine Farsin. Au XVIIIe siècle, le bâtiment fut loué à des particuliers, comme le maître de pension Blondelas, avant de devenir un lieu de réunion révolutionnaire sous le nom de Rue de la Réunion. Classé Monument Historique en 1964, il abrite aujourd’hui l’agence des Monuments historiques et l’office de tourisme de l’Aisne. Sa restauration au XXe siècle a permis de retrouver ses meneaux et croisillons d’origine, effacés par des modifications ultérieures.
Architecturalement, l’hôtel allie des éléments Renaissance (fenêtres à meneaux, pignon décoré) et médiévales (tourelles coniques, escalier à vis). Les caves voûtées en berceau, l’escalier demi hors-œuvre à voûtes d’ogives, et le lambris de la chapelle témoignent d’un savoir-faire artisanal remarquable. Les statues du pignon, représentant un homme avec une coupe et une femme avec une épée, pourraient symboliser des vertus ou des allégories, bien que leur signification exacte reste incertaine. Le site, propriété du département, illustre le rôle des abbayes comme pouvoirs économiques et culturels dans la Picardie de la Renaissance.
Les sources historiques, comme les travaux de Jean Marquiset (À travers le vieux Laon, 1902) ou l’article de Souchon (1892), soulignent son importance patrimoniale. L’hôtel, passé d’un refuge monastique à un lieu de pouvoir politique, puis à un établissement scolaire et révolutionnaire, incarne les mutations sociales de Laon entre Moyen Âge et époque moderne. Son classement en 1964 a préservé un témoignage rare de l’architecture civile religieuse de la première Renaissance française.