Origine et histoire de l'Hôtel Fumé
L’hôtel Fumé, aussi appelé Fumée ou Fumey, est un édifice emblématique de style gothique flamboyant construit à Poitiers entre le XVe et le XVIe siècle. Situé au sommet d’une pente abrupte surplombant la rue de la Chaîne, un axe majeur de la ville médiévale, il illustre l’opulence des familles bourgeoises de l’époque. Aujourd’hui, il accueille des bureaux et des salles de la faculté des sciences humaines et arts de l’université de Poitiers, après avoir été transformé au XXe siècle pour s’adapter à ses nouvelles fonctions éducatives.
L’origine de l’hôtel remonte à Pierre Fumé de la Perrière, avocat et membre influent du corps de ville de Poitiers à partir de 1463. Issu d’une famille noble du Poitou, de l’Anjou et de la Touraine, il épouse Hilaire Herbert vers 1470, ce qui lui apporte la seigneurie du Château Couvert. La construction de l’hôtel est initiée entre 1470 et 1484, année de sa mort. Pierre Fumé, devenu maire de Poitiers, érige d’abord un logis en fond de cour, typique du gothique flamboyant.
Au début du XVIe siècle, son fils François Fumé de La Perrière, également maire de Poitiers en 1520, agrandit et modifie l’édifice. Il ajoute une façade sur rue somptueusement sculptée, mêlant motifs gothiques (pinacles, choux frisés) et éléments militaires décoratifs (mâchicoulis, poivrières). À sa mort en 1532, l’hôtel reste dans la famille jusqu’au XVIIIe siècle, avant d’être vendu à Jean-Charles André de Veillechèze en 1784, puis à une congrégation religieuse en 1826.
En 1919, l’université de Poitiers acquiert l’hôtel Fumé pour y installer la Faculté des lettres. Les aménagements des années 1920 préservent les structures historiques, comme le passage voûté d’ogives et la cour centrale, tout en ajoutant des amphithéâtres. Une campagne architecturale en 1961, menée par André Ursault, modernise les espaces tout en respectant l’esprit de l’hôtel particulier, avec un hall des inscriptions occupant l’ancien corps de logis.
La façade sur rue, classée Monument Historique dès 1889, est un chef-d’œuvre du gothique flamboyant. Elle combine fenêtres à meneaux, sculptures de figures animales et végétales, et une loggia en pans de bois soutenue par des colonnes torsadées. La cour intérieure, organisée autour d’un passage voûté, conserve des lucarnes sculptées et une tourelle d’escalier surmontée d’une licorne en plomb, symbole de prestige.
Les transformations du XIXe siècle, comme des ajouts néo-gothiques, ont été supprimées dans les années 1920. Une mosaïque représentant les armoiries de l’université et la date de 1431 a alors été ajoutée. L’hôtel Fumé incarne ainsi l’évolution d’un patrimoine médiéval, passé de résidence aristocratique à lieu d’enseignement, tout en conservant son identité architecturale.