Origine et histoire de l'Hôtel Gauthiot d'Ancier
L’hôtel Gauthiot d’Ancier est un hôtel particulier Renaissance construit entre 1530 et 1533 à Besançon, dans le quartier historique de la Boucle. Commandé par Simon Gauthiot d’Ancier (1490-1556), prévôt de Gray et co-gouverneur de la ville, il fut érigé sur un vaste terrain acquis à l’hôpital du Saint-Esprit, intégrant des maisons médiévales préexistantes, dont une à pans de bois des XIIIe-XIVe siècles. La construction de cet édifice s’inscrit dans un contexte de renouveau architectural en Franche-Comté, marqué par la transition entre le gothique tardif et la Renaissance humaniste.
Besançon, alors sous influence des Habsbourg, voit émerger des palais urbains reflétant le pouvoir des élites locales, comme celui des Granvelle, construit peu après dans la même rue. L’hôtel d’origine, aujourd’hui partiellement conservé au 15 Grande rue, comprenait plusieurs logis, une cour et un jardin. Seuls subsistent le rez-de-chaussée et le premier étage, transformés en commerces (dont une librairie) après des rénovations majeures en 1980 et 1996.
La façade en pierre de Chailluz, ornée d’arcades et de fenêtres à meneaux, illustre ce style hybride. Un événement marquant fut la réception en 1533 du Stathouder René de Chalon, gouverneur des Pays-Bas bourguignons et membre de la Maison d’Orange-Nassau. Ce lieu symbolisait alors l’alliance entre les élites comtoises et le pouvoir impérial, dans une région stratégique entre France et Empire.
La façade et la toiture furent classées monuments historiques en 1942, suivies en 1994 par la travée en pans de bois du deuxième étage. Aujourd’hui, l’hôtel témoigne du patrimoine Renaissance bisontin, tandis que des meubles attribués à Hugues Sambin, conservés au musée Baron-Martin de Gray, évoquent son ameublement d’origine. L’édifice s’insère dans un ensemble urbain remarquable, à proximité du palais Granvelle et du temple du Saint-Esprit, ancien hôpital dont les terres permirent sa construction.
Son architecture, mêlant tradition locale et innovations, en fait un exemple rare de la Renaissance en Franche-Comté. La famille Gauthiot d’Ancier, proche des cercles du pouvoir, y organisa des réceptions diplomatiques, renforçant le rôle de Besançon comme carrefour politique entre la Bourgogne et l’Empire. Les archives mentionnent un mobilier luxueux, aujourd’hui dispersé, dont certains éléments pourraient provenir de l’atelier de Sambin.
Les fouilles et études dendrochronologiques ont confirmé la présence de structures médiévales antérieures, révélant une occupation continue du site depuis le XIIIe siècle. Ces découvertes soulignent l’importance historique de la Grande rue, artère majeure de la cité depuis le Moyen Âge. En 1996, les travaux de restauration ont mis au jour des peintures murales fragmentaires du XVIe siècle, aujourd’hui protégées.
Ces vestiges, bien que partiellement visibles, offrent un aperçu des décors intérieurs d’origine, combinant motifs géométriques et emblèmes familiaux. L’hôtel Gauthiot d’Ancier incarne ainsi la synthèse entre héritage médiéval et ambition Renaissance, caractéristique de la Franche-Comté du XVIe siècle. Son histoire reflète les dynamiques politiques et culturelles d’une région au cœur des enjeux européens.