Inscription MH de l'immeuble 31 juillet 1990 (≈ 1990)
Protection officielle partielle.
12 octobre 1995
Classement MH de l'appartement
Classement MH de l'appartement 12 octobre 1995 (≈ 1995)
Protection renforcée des intérieurs.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Personnages clés
Anna Judic - Actrice et commanditaire
Fait construire l'hôtel en 1883.
Jacques Drevet - Architecte principal
Conçoit l'hôtel avec Trugard.
Georges Trugard - Architecte collaborateur
Crée la façade monumentale.
Émile Blavet - Journaliste
Décrit l'hôtel en 1884.
Otto-Klaus Preis - Collectionneur et propriétaire
Préserve l'hôtel (1970–2003).
Émile Vabre - Architecte et acquéreur
Rachète l'hôtel en 1892.
Origine et histoire
L'hôtel Judic, situé au 12 rue du Cardinal-Mercier (anciennement rue Nouvelle) dans le 9e arrondissement de Paris, est un hôtel particulier construit en 1883 pour l'actrice Anna Judic. Ce projet ambitieux, mené par les architectes Jacques Drevet et Georges Trugard, reflète le succès de Judic après son rôle dans Mam'zelle Nitouche, avec une façade monumentale inspirée des châteaux du Blaisois et des intérieurs somptueux mêlant styles Renaissance, gothique et baroque. La demeure, vendue dès 1885 pour des raisons successorales, est décrite par le journaliste Émile Blavet comme une collaboration étroite entre l'artiste et ses architectes, avec des éléments remarquables comme un escalier en bois sculpté, des vitraux du XVIe siècle, et un plafond peint par Clairin représentant Judic dans ses rôles.
Après la vente forcée en 1885, l'hôtel change plusieurs fois de mains. En 1892, il est acquis par l'architecte Émile Vabre, qui l'aménage et y organise des événements mondains. Au début du XXe siècle, le lieu abrite le Cercle du commerce, des lettres, des arts et des sports, puis devient une salle de fêtes louable sous le nom de Maison des Arts. Des perquisitions en 1907 et 1909 révèlent des activités illicites (jeux d'argent, exhibitions), avant que l'hôtel ne soit associé à tort à Édouard VII dans les années 1930. Son histoire se poursuit avec des usages variés, dont une période d'abandon relatif jusqu'à son rachat dans les années 1970.
Dans les années 1970, l'hôtel est acquis par Otto-Klaus Preis, collectionneur d'art et ancien collaborateur de Nina Ricci, qui tombe sous le charme de cette demeure éclectique, symbole de l'architecture romantique de la Nouvelle Athènes. Preis, passionné par les XVIe–XVIIe siècles et la fin du XIXe, préserve l'hôtel et son histoire, notamment le portrait d'Anna Judic peint en fresque. Après sa mort en 2003, sa collection est vendue aux enchères, et l'hôtel est racheté par un antiquaire des puces de Saint-Ouen. Malgré l'absence initiale de protection, l'édifice est finalement inscrit aux monuments historiques en 1990 (immeuble) et 1995 (appartement), tandis que la fontaine en impasse de la rue est protégée depuis 1977.
Architecturalement, l'hôtel Judic se distingue par sa façade asymétrique, divisée en deux parties : à droite, une grande fenêtre ornée d'un vitrail représentant la rencontre d'Antoine et Cléopâtre, et à gauche, une section plus sobre. L'intérieur conserve des éléments exceptionnels comme le hall aux dimensions cathédrales (9,20 m de long, 7,70 m de haut), une cheminée monumentale, et un plafond gothique. Les étages supérieurs abritaient les appartements privés de Judic, avec une tribune surplombant le hall, une grande chambre côté cour, et des espaces dédiés à sa garde-robe. Le mélange des styles — Renaissance, néo-gothique, baroque — en fait un témoignage unique de l'éclectisme architectural de la fin du XIXe siècle.
La protection du monument intervient tardivement : l'immeuble est inscrit en 1990, et l'appartement classé en 1995. Cette reconnaissance officielle permet de préserver un lieu chargé d'histoire, lié à la fois au monde du spectacle (Anna Judic), à l'architecture romantique (Drevet, Trugard), et aux cercles artistiques parisiens. Aujourd'hui, l'hôtel Judic reste un exemple rare d'hôtel particulier ayant échappé aux transformations immobilières, conservant intacte son atmosphère de folie parisienne du XIXe siècle.