Origine et histoire de l'Hôtel Lavernette
L’hôtel de Lavernette est un hôtel particulier néoclassique édifié entre 1789 et 1792 à Besançon, dans le département du Doubs, par l’architecte Claude-Antoine Colombot pour le comte Abel-Michel Bernard de La Vernette Saint-Maurice. Commandé à l’aube de la Révolution, il représente la dernière construction aristocratique de ce type dans la ville. Le comte, capitaine au régiment d’Orléans et lieutenant des maréchaux de France, fait appel à Colombot après son mariage en 1782 avec Augustine de Chappuis de Rosières, fille d’un président au Parlement de Besançon. Le chantier, exceptionnellement documenté par des archives familiales et municipales, révèle une collaboration avec des artisans d’exception, comme le stucateur piémontais Joseph-Marcel Marca ou l’ébéniste Antoine Munier.
La façade sur rue, large de sept travées, se distingue par un avant-corps à frontons alternés et un balcon à balustres, tandis que la cour intérieure abrite des décors en stuc aux initiales des commanditaires. L’escalier d’honneur, traité en bossages imitant le marbre, mène à des intérieurs préservés, dont le grand salon, la chambre à alcôve (avec un plafond orné de pavots et de roses), et une chambre circulaire au second étage. Les archives attestent de la provenance des matériaux, comme les vitres de la verrerie de Champagney (Haute-Saône) ou les boiseries inspirées des dessins de Colombot. Les propriétaires successifs — les familles Jacquin (à partir de 1883) et les actuels acquéreurs (depuis 1975) — ont maintenu l’intégrité des lieux, permettant une inscription partielle aux monuments historiques en 1979.
L’hôtel illustre la typologie des hôtels bisontins du XVIIIe siècle, avec une cour arrière et des communs en retour d’équerre. Son décor intérieur, quasi intact, inclut des huisseries d’origine, des parquets partiellement réemployés du XVIIe siècle, et des cheminées signées Colombot. Parmi les éléments remarquables figurent les quatre bustes en terre cuite des baies serliennes, symbolisant les saisons et les âges de la vie, ou le système de fermeture original d’une fenêtre en oculus. La richesse documentaire du projet — plans, factures, photographies d’archives — en fait un témoignage rare de l’art de vivre aristocratique en Franche-Comté à la veille de la Révolution.
Le site, situé 3 rue du Lycée dans le quartier de la Boucle, a été revendu en décembre 2019, marquant la fin de trois siècles de transmission entre seulement trois familles. Son histoire reflète les mutations sociales de Besançon, de l’Ancien Régime à l’ère industrielle, tout en conservant un patrimoine architectural et décoratif d’exception, aujourd’hui protégé et étudié.