Origine et histoire de l'Hôtel Legouz de Gerland
L’hôtel Legouz de Gerland, situé 21 rue Vauban à Dijon, est un exemple remarquable d’architecture mêlant styles Renaissance, classique et XIXe siècle. Sa partie la plus ancienne, construite en 1538 par la famille Chissey-Varanges sur l’actuelle rue Jean-Baptiste-Liégeard, se distingue par trois échauguettes symbolisant les tours de leurs armoiries. Ces éléments défensifs décoratifs, typiques de la première Renaissance française, témoignent de l’influence des châteaux bourguignons de l’époque, tout en s’adaptant à un contexte urbain.
Dans les années 1670, Pierre Legouz Morin, alors propriétaire, agrandit l’hôtel en prolongeant la façade et en ajoutant une quatrième échauguette à l’angle des rues Jean-Baptiste-Liégeard et Amiral-Roussin, s’inspirant des modèles existants. Ce choix reflète la volonté des élites dijonnaises de moderniser leurs résidences tout en conservant des références à l’héritage médiéval. L’intervention la plus marquante survient vers 1698, lorsque son fils Charles Legouz Morin, maître de la garde-robe de la dauphine, fait aménager une cour intérieure en hémicycle.
Cette cour, percée de huit arcades et ornée de guirlandes, de motifs floraux et du monogramme familial, s’inspire directement de la place Royale (actuelle place de la Libération) créée à Dijon en 1686. L’hémicycle illustre l’adoption des canons classiques français sous Louis XIV, tout en intégrant des éléments décoratifs baroques. Le monogramme de Charles Legouz Morin, encore visible, souligne le caractère ostentatoire de cette transformation, destinée à affirmer son statut social.
Au XIXe siècle, l’hôtel passe entre les mains de la famille Liégeard. Jean-Baptiste Liégeard en devient propriétaire, puis son fils Stéphen, écrivain et homme politique, apporte des modifications significatives après 1887. Il unifie les façades sur les rues Jean-Baptiste-Liégeard (nommée en hommage à son père) et Amiral-Roussin, et appose ses initiales au-dessus du portail d’entrée. Ces travaux reflètent le goût éclectique de l’époque, mêlant restauration néoclassique et ajouts personnels.
L’hôtel, inscrit monument historique depuis le 10 novembre 1925, change plusieurs fois de mains au XXe siècle. Après la mort de Stéphen Liégeard en 1925, il revient à son fils Gaston, puis au comte de Saint-Quentin. Aujourd’hui, il appartient à plusieurs propriétaires privés. Son inscription précoce (1925) témoigne de la reconnaissance de sa valeur patrimoniale, à une époque où la protection des hôtels particuliers urbains devenait une priorité en France.
L’édifice incarne ainsi près de cinq siècles d’histoire architecturale dijonnaise, des influences médiévales tardives (échauguettes) aux transformations classiques (cour hémicirculaire), en passant par les remaniements éclectiques du XIXe siècle. Son évolution reflète les changements de goût des élites locales, ainsi que les adaptations successives d’un bâti ancien aux normes esthétiques et sociales de chaque époque.