Origine et histoire de l'Hôtel Lutetia
L’hôtel Lutetia, inauguré en 1910 à l’initiative de Marguerite Boucicaut, propriétaire du Bon Marché, fut conçu pour accueillir les clients provinciaux et internationaux du grand magasin. Situé au 45 boulevard Raspail, il incarne l’architecture Art nouveau avec des façades ornées de sculptures de Léon Binet évoquant la vigne, symbole de l’ancienne Lutèce. Ses intérieurs mêlent Art déco et fresques d’Adrien Karbowsky, tandis que son nom et sa devise (Fluctuat nec mergitur) rendent hommage à Paris. L’hôtel devint rapidement un lieu prisé des parlementaires, artistes (Picasso, Matisse, Gide) et écrivains (Joyce, Beckett, Saint-Exupéry), ainsi que de figures comme Joséphine Baker ou Charles de Gaulle, qui y résidait lors de ses séjours parisiens.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel fut réquisitionné par l’Abwehr, le service de renseignement allemand, de juin 1940 à la Libération. À partir d’avril 1945, il devint le Centre national d’accueil et de contrôle des déportés, accueillant entre 17 000 et 20 000 survivants des camps nazis. Des résistantes comme Berty Albrecht ou Sabine Zlatin y organisèrent l’accueil, tandis que des panneaux électoraux servaient à afficher les photos des disparus pour faciliter les retrouvailles. Une plaque commémorative perpétue aujourd’hui ce mémoire.
Classé partiellement aux monuments historiques en 2007, le Lutetia ferma en 2014 pour une rénovation de 200 millions d’euros dirigée par Jean-Michel Wilmotte. Rouvert en 2018 avec 184 chambres et un spa de 700 m2, il obtint le label palace en 2019. En 2025, il intégra le groupe Mandarin Oriental, devenant le Mandarin Oriental Lutetia. Son patrimoine artistique, incluant des œuvres d’Arman, César ou Sonia Rykiel, fut en partie dispersé lors d’une vente aux enchères en 2014. L’hôtel reste un lieu culturel majeur, accueillant expositions, tournages (comme Bye Bye Blondie en 2010) et événements littéraires.
Les éléments protégés incluent les façades, les toitures, le hall d’accueil, les salons Borghèse et Saint-Germain (ancien jardin d’hiver), ainsi que les escaliers et lustres Lalique. La brasserie, redécorée par Sonia Rykiel dans les années 1970, et le bar Joséphine (hommage à Joséphine Baker) perpétuent son héritage. Parmi ses clients illustres figurent Picasso, De Gaulle, Alexandra David-Néel, ou encore Catherine Deneuve. L’hôtel inspire aussi les arts, comme dans le roman Lutetia de Pascal Assouline (2005) ou la chanson Au bar du Lutetia d’Eddy Mitchell (2003).