Frise chronologique
1618-1621
Construction initiale
Construction initiale
1618-1621 (≈ 1620)
Par Jean Thiriot pour Nicolas Malebranche.
1686
Acquisition par du Tillet
Acquisition par du Tillet
1686 (≈ 1686)
Modifications par la famille du Tillet.
1776
Rachat par Mégret de Sérilly
Rachat par Mégret de Sérilly
1776 (≈ 1776)
Redécoration par Pierre-Noël Rousset.
1778
Création du boudoir
Création du boudoir
1778 (≈ 1778)
Démonté ultérieurement pour Londres.
1794
Guillotine de Sérilly
Guillotine de Sérilly
1794 (≈ 1794)
Division de l’hôtel au XIXe siècle.
1961
Inscription MH
Inscription MH
1961 (≈ 1961)
Protection des façades et escalier.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les façades sur rue, sur la cour d'honneur et sur les anciens jardins ; les toitures correspondantes ; l'escalier avec sa rampe en fer forgé (cad. AL 16) : inscription par arrêté du 13 janvier 1961
Personnages clés
| Nicolas Malebranche - Commanditaire et premier propriétaire |
Financier, père du philosophe éponyme. |
| Jean Thiriot - Architecte |
Auteur de la construction initiale. |
| Charles du Tillet - Propriétaire en 1686 |
Marquis de La Bussière, maître des requêtes. |
| Antoine Jean-François Mégret de Sérilly - Propriétaire en 1776 |
Trésorier général, donne son nom. |
| Pierre-Noël Rousset - Décorateur intérieur |
Auteur du boudoir et salon démontés. |
| Jules-Antoine Rousseau - Ébéniste |
Lambris du boudoir de 1778. |
Origine et histoire
L’hôtel Mégret de Sérilly, situé au 106 rue Vieille-du-Temple dans le Marais, est construit entre 1618 et 1621 pour Nicolas Malebranche, financier et trésorier général des Fermes de France. Ce dernier, proche de Richelieu, incarne l’ascension des bourgeois enrichis qui adoptent le modèle de l’hôtel particulier, réservé jusqu’alors à la noblesse. L’architecte Jean Thiriot, déjà auteur de l’hôtel d’Hozier voisin, dirige les travaux. Le bâtiment, typique des premières décennies du XVIIe siècle, mêle brique et pierre, avec une façade sur jardin plus large que celle sur cour, s’adaptant à l’irrégularité de la parcelle.
En 1686, l’hôtel est acquis par Charles du Tillet, marquis de La Bussière, maître des requêtes, dont la famille modifie partiellement la structure. Il change à nouveau de mains en 1776, lorsque Antoine Jean-François Mégret de Sérilly, trésorier général de l’extraordinaire des guerres, en devient propriétaire. Ce dernier fait redécorer l’intérieur par Pierre-Noël Rousset, dont le boudoir de 1778, orné de lambris de Jules-Antoine Rousseau et d’un plafond de Jean-Jacques Lagrenée, est aujourd’hui conservé au Victoria and Albert Museum. La Révolution marque un tournant : Sérilly, guillotiné en 1794, voit son hôtel divisé en ateliers et boutiques au XIXe siècle.
L’hôtel, inscrit aux Monuments historiques en 1961, conserve son plan d’origine entre cour et jardin, malgré des remaniements ultérieurs. La façade sur rue, refaite au XVIIIe siècle, contraste avec les élévations en brique et pierre du XVIIe. Deux pièces décorées par Rousset ont été démontées : le boudoir, à Londres, et le salon, aux États-Unis dans le manoir Vanderbilt. Rétabli en résidence privée au XXe siècle, il témoigne des mutations sociales et architecturales du Marais, quartier aristocratique devenu bourgeois, puis artisanal.
Architecturalement, l’hôtel se distingue par son nombre pair de travées, rare pour les hôtels savants de l’époque, qui privilégiaient les baies impaires. Cette particularité, ainsi que la présence d’une basse cour à l’est, reflètent une transition entre la maison bourgeoise et l’hôtel nobiliaire. La polychromie brique-pierre, typique du XVIIe siècle, et l’asymétrie des façades soulignent l’adaptation aux contraintes urbaines. Les décors intérieurs du XVIIIe siècle, bien que dispersés, illustrent le faste des élites financières avant la Révolution.