Origine et histoire
L'Hôtel Victoria est un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle situé au 33 rue Paul‑Louis‑Lande, dans le quartier Saint‑Michel de Bordeaux. Il abrite aujourd'hui l'association Le Levain, qui propose des logements temporaires à de jeunes travailleurs. L'édifice, inscrit dans son intégralité au titre des monuments historiques par arrêté du 1er décembre 2014, a été construit "entre cour et jardin". Le commanditaire, David Victoria (1730‑1823), négociant bordelais issu de la communauté des Juifs portugais, était aussi planteur et propriétaire d'une indigoterie à Saint‑Domingue. Bien que la loi interdisait généralement aux Juifs de posséder des terres dans les colonies, le texte mentionne que des dérogations pouvaient être accordées sous certaines conditions. De retour des Amériques le 12 septembre 1787, David Victoria acquiert deux vieilles maisons et leurs jardins sur la rue alors appelée Sainte‑Eulalie, et fait édifier l'hôtel entre 1787 et 1791. À sa mort en 1823, la propriété revient à son épouse — également sa nièce — Rachel Victoria, et à son fils André‑Casimir; en 1826 sa veuve reçoit une indemnité de 40 640 francs or en compensation des pertes subies par leurs biens coloniaux. En 1855, en raison d'une succession compliquée, l'immeuble est vendu aux enchères et acquis par les sœurs de la Sainte Famille, congrégation fondée en 1820 par l'abbé Noailles. L'association laïque Le Levain, créée en 1958, rachète le bâtiment en 1981 grâce à un prêt à taux zéro offert par Mme Simone Noailles, alors adjointe du maire Jacques Chaban‑Delmas, et regroupe les numéros 29, 31 et 33 pour former un vaste ensemble en pierre de taille. Une campagne de restauration soutenue par la Fondation du patrimoine a été menée à la fin des années 2010 ; les 68 chambres aménagées dans les années 1980 ont alors été transformées en 65 studios et colocations. Les bénévoles d'Habitats Jeunes Le Levain ont jugé important de maintenir une résidence sociale sur ce site, en raison de sa localisation et de sa valeur architecturale, afin d'éviter une éventuelle conversion vers des usages plus lucratifs. L'hôtel se compose de deux corps de bâtiment séparés par une cour et un jardin ; chacun présente trois travées de baies rectangulaires, seule la porte cochère étant en plein cintre et ouvrant sur un passage décoré d'une voûte à caissons. Sa décoration, très riche et inspirée du goût « à la grecque », contraste avec la mode sobre de la fin du XVIIIe siècle et se manifeste de manière originale. L'immeuble a conservé la quasi‑totalité de son second‑œuvre, notamment les sols, la serrurerie et les huisseries. La documentation visuelle rassemble notamment la façade côté rue avant restauration (2018), la voûte à caissons, la cour intérieure, les façades côté cour et jardin, des volets à écaille, l'escalier d'honneur et un salon.