Origine et histoire
Les hypogées de Fontvieille, autrefois appelés hypogées d'Arles-Fontvieille, datent du Chalcolithique (seconde moitié du IVe millénaire av. J.-C.) et furent utilisés jusqu’au IIIe millénaire. Situés sur la commune de Fontvieille (Bouches-du-Rhône), ces monuments ne sont ni des grottes artificielles ni des dolmens classiques, mais des tranchées couvertes de dalles mégalithiques, organisées en trois parties : un couloir descendant, une antichambre et une chambre funéraire rectangulaire. Leur homogénéité architecturale suggère une construction contemporaine, reflétant un savoir-faire technique avancé pour l’époque. Quatre hypogées principaux — Bounias, la Source, le Castelet (ou Arnaud-Castelet) et Cordes (dit « Grotte des Fées ») — sont répartis autour de la montagne de Cordes, associés au dolmen de Coutignargues.
L’hypogée de Cordes, le plus monumental (42 m de long), se distingue par un escalier de 10,50 m menant à un vestibule symétrique et une galerie terminale de 25 m, recouverte de dalles épaisses jusqu’à 1,30 m. Son caractère surdimensionné et sa position dominante ont conduit Jean Guilaine à y voir un possible sanctuaire cérémoniel plutôt qu’une simple tombe collective. À proximité, une dalle brisée de 7 m, peut-être un menhir indicateur, renforce son mystère. Les trois autres hypogées, plus modestes, furent découverts au XIXe siècle : Bounias et la Source en 1866 par un adjoint au maire, livrant des ossements et des artefacts (pointes de flèches, perles, céramiques), tandis que le Castelet, fouillé en 1876, révéla un mobilier exceptionnel (584 perles, armatures de flèches, brassard d’archer).
Ces hypogées mêlent folklore et histoire : l’hypogée de Cordes, associé à des légendes (fées, Roland de Roncevaux, trésor mauresque), fut mentionné dès 1779 par Louis Mathieu Anibert. Classés Monuments Historiques (dès 1889 pour certains), ils témoignent des pratiques funéraires et symboliques des sociétés protohistoriques méditerranéennes. Seul l’hypogée du Castelet, propriété communale, est accessible au public ; les autres, sur des terrains privés, restent préservés. Leur étude, notamment par Jean Guilaine ou Fernand Benoit, a permis de les rattacher aux allées couvertes et d’éclairer leur rôle dans le paysage mégalithique régional.
L’hypogée de la Source, le plus petit (16,60 m), présente des gravures rituelles (cupules, motifs curvilignes) sur une dalle, tandis que son tumulus de 38 m de diamètre était ceint d’un péristalithe aujourd’hui disparu. Les fouilles y ont exhumé des objets en cuivre, stéatite et os, confirmant leur usage funéraire. L’hypogée du Castelet, avec sa rampe en « demi-pirogue », livra des vestiges uniques, comme une vertèbre percée d’une flèche, illustrant des pratiques violentes ou rituelles. Ces monuments, bien que pillés à des époques indéterminées, offrent un éclairage précieux sur les croyances et l’organisation sociale du Chalcolithique provençal.
Leur contexte géographique — la montagne de Cordes, proche des Alpilles — et leur proximité avec Arles (alors place majeure du commerce néolithique) suggèrent un réseau d’échanges et une hiérarchie sociale complexe. Les hypogées, par leur architecture mixte et leur mobilier, se rattachent à une tradition méditerranéenne plus large, comme le souligne Franck Chevalier. Leur préservation, malgré les fouilles anciennes peu rigoureuses, en fait des témoins irremplaçables de la transition entre Néolithique et Âge du Bronze en Provence.