Origine et histoire
L’île de la Cité, située sur la Seine au centre de Paris, est considérée comme le berceau antique de la ville, autrefois appelée Lutèce. Elle fut fortifiée dès 308 et décrite en 1190 comme « la tête, le cœur et la moelle de Paris ». D’une superficie de 22,5 hectares, elle abritait 891 habitants en 2016. Son nom, dérivé du latin civitas, rappelle qu’à la fin de l’Antiquité, Paris se limitait à cette île, noyau de la ville médiévale.
Les origines de l’île remontent à une occupation gauloise hypothétique par les Parisii vers 250 av. J.-C., bien qu’aucune preuve archéologique ne confirme une présence avant la conquête romaine. Les fouilles ont révélé des traces d’un niveau pré-romain (clous, trous de poteau), mais l’agglomération gauloise semble s’être développée plutôt à l’embouchure de la Bièvre ou près de Nanterre. En 52 av. J.-C., après la victoire de Jules César sur Vercingétorix, les Gaulois s’installent sur l’île, vivant de pêche et de batellerie, tandis que la ville gallo-romaine se construit sur la rive gauche.
À l’époque gallo-romaine, l’île abrite un temple dédié à Jupiter, probablement édifié par les nautes (navigateurs gaulois), ainsi qu’un palais représentant Rome. Les rives sont stabilisées, et des ponts de bois remplacent les passerelles gauloises. Le cardus maximus (axe nord-sud) traverse l’île, reprenant un ancien chemin gaulois. Au Ier siècle, sous Tibère, un quai portuaire est construit au sud-est. La population, estimée à 1 500 habitants, se réfugie sur l’île lors des invasions barbares à partir de 276.
Au IVe siècle, une enceinte de deux mètres de large est édifiée à 30 mètres des rivages pour protéger l’île. En 357, le césar Julien en fait sa résidence militaire. Avec la christianisation, des églises remplacent les temples païens : la basilique Saint-Étienne (511–558) s’élève sur l’emplacement de l’actuel parvis de Notre-Dame, utilisant des matériaux récupérés du temple des Nautes. Un incendie ravage le quartier commerçant en 586. Clovis, roi des Francs, en fait la capitale de son royaume en 508 et s’installe dans l’ancien palais romain.
Durant la période carolingienne (752–987), l’île reste le centre politique et religieux de Paris, malgré les pillages normands (845, 856–857, 861). Charles le Chauve renforce l’enceinte gallo-romaine en 877 et construit le Grand et le Petit Châtelet pour protéger les ponts. En 885–886, l’évêque Gozlin résiste aux Vikings lors d’un long siège, sauvant la Cité. Les Robertiens, futurs Capétiens, en font leur siège de pouvoir : le palais comtal devient résidence royale, tandis que l’est de l’île est dédié à l’évêque. Au XIe siècle, Louis VI s’y installe avec sa cour et le Parlement.
Au Moyen Âge, l’île se transforme en chantier permanent. En 1163, Maurice de Sully lance la construction de Notre-Dame et réorganise les paroisses. Philippe Auguste (XIIIe siècle) enclave la Cité dans une enceinte sur les deux rives, réduisant sa vulnérabilité. Les ponts, bordés de maisons et de moulins (Pont aux Meuniers, Pont-aux-Changeurs), deviennent des axes commerciaux majeurs. En 1300, Guillot de Paris recense 36 rues dans la Cité, contre 43 au Moyen Âge. Les travaux haussmanniens (XIXe siècle) rasent une grande partie de l’île, expulsant 25 000 habitants pour construire la préfecture de police et élargir le parvis de Notre-Dame.
Aujourd’hui, l’île de la Cité concentre des monuments majeurs : la cathédrale Notre-Dame, la Conciergerie, la Sainte-Chapelle, le Palais de Justice et l’Hôtel-Dieu. Elle est reliée aux deux rives par neuf ponts, dont le pont Neuf (1607), et abrite quatre espaces verts, comme le square du Vert-Galant. Son rôle administratif et touristique domine, avec une population résiduelle de 891 habitants en 2016, concentrée autour de la place Dauphine. Des projets récents visent à renforcer son attractivité culturelle, comme la création de passerelles piétonnes et l’ouverture de la Cour du Mai au public.