Origine et histoire
L’immeuble actuel, situé au 26 place de la Carrière à Nancy, trouve son origine dans une opération urbaine majeure du 3e quart du XVIe siècle. En 1567, la parcelle de 31 pieds est adjugée à Jacques Brunehaut (ou Bruneau), chirurgien du duc de Lorraine, dans le cadre de la création de la Neuve Rue (actuelle place de la Carrière) et du nouveau rempart de Vaudémont. La maison, inachevée à la mort de Brunehaut en 1569, est cédée à Laurent Courcol, receveur général de Lorraine. À la fin du siècle, elle passe à la famille Legrand, comme en témoignent les armoiries gravées sur le bassin de la cour. Cet immeuble, comme tous ceux de la place, suit un modèle architectural imposé par l’autorité ducale, marquant une volonté d’uniformité urbaine.
Au XVIIIe siècle, l’immeuble subit une transformation radicale dans le cadre de la réhabilitation générale de la place de la Carrière. Un arrêt du 5 avril 1754 du duc Stanislas Leszczynski ordonne l’uniformisation des façades selon un modèle attribué à l’architecte Emmanuel Héré. Les travaux, financés par le duc (384 067 livres), sont menés en 1755-1756 et incluent la reconstruction de l’escalier principal, la modification de la galerie de liaison (fermée ultérieurement), et la réfection des décors intérieurs. La parcelle, en forte dénivellation (2 mètres entre la place et la rue des Écuries), conserve une organisation originale avec deux corps de bâtiment reliés par une galerie surélevée et un puits étudié séparément (IA5402444).
L’immeuble reste propriété de la famille Legrand jusqu’en 1800, date à laquelle Elisabeth Legrand le cède à Joseph-Charles Lombillon, déjà propriétaire du n°36. Au XIXe siècle, plusieurs campagnes de travaux modernisent les décors intérieurs, ajoutent une passerelle vers la Pépinière, et surélèvent le second corps. Des historiens comme Pfister (1909) et Robaux (1984) évoquent un possible lien avec l’ancien hôtel de Stainville, bien que les sources divergent sur son étendue (numéros 26 à 32). En 1919, Raoul Lyautey, frère du maréchal, acquiert l’immeuble, toujours partiellement détenu par ses descendants. Les protections au titre des Monuments Historiques (façade et toiture en 1925, fontaine en 1945) soulignent son importance patrimoniale.