Origine et histoire de l'Immeuble, Quai des Bateliers
L’immeuble au 11, quai des Bateliers est un ensemble architectural composé de plusieurs bâtiments (A, B, C, D) érigés entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle. Le corps principal (A), en brique crépie, présente une façade sur quai ornée d’un oriel rectangulaire reposant sur une fausse-voûte sculptée de têtes humaines, ainsi qu’un passage voûté au rez-de-chaussée. Une tourelle d’escalier polygonale, ajoutée en 1618 (date gravée sur une porte), dessert les étages où subsistent des éléments Renaissance comme une colonne dorique datée de 1598 et un poêle en faïence de 1872. L’aile (C), en pan de bois, et le bâtiment (B), restauré après la suppression de garages, complètent cet ensemble marqué par des transformations aux XIXe et XXe siècles.
La propriété, initialement détenue par la famille Kugler (attestée en 1587), passe aux Frid (notables strasbourgeois) au XVIIe siècle, puis aux Blumer au XIXe siècle, qui y installent une fabrique de parquets et modernisent les intérieurs. Au XXe siècle, l’immeuble abrite des artistes comme les peintres Louis Blumer et Louis-Philippe Kamm (1941–1959), ainsi que l’atelier de Lucien Blumer (transformé en 1924 par l’architecte Théo Berst). Classé monument historique en 1997, il conserve des vestiges Renaissance (salle à colonne, cheminée en marbre) et des traces d’activités industrielles (fabrique de pipes en 1896).
L’architecture reflète les évolutions urbaines strasbourgeoises : l’oriel et la tourelle illustrent l’influence Renaissance, tandis que les cours intérieures et le puits de 1714 témoignent de l’organisation domestique et artisanale des XVIIe–XVIIIe siècles. Le bâtiment (D), en fond de parcelle, avec ses fenêtres à chambranle saillant, pourrait dater du début du XVIIIe siècle. Les marques de tâcherons, les papiers peints du XIXe siècle (disparus) et les vitraux signés « PB AC » soulignent la richesse patrimoniale de ce lieu, lié à l’histoire sociale et économique de Strasbourg.
Les transformations successives — démolition-reconstruction de l’aile (C) en 1885, aménagements industriels (1871, 1896), conversion en garages (1950) — révèlent l’adaptation du bâti aux besoins changeants. La porte vitrée signée et l’escalier en bois sculpté (remploi d’origine inconnue) ajoutent à son caractère éclectique. L’immeuble, propriété privée, incarne ainsi près de cinq siècles d’histoire, des marchands Renaissance aux artistes modernes, en passant par l’ère industrielle alsacienne.