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Institution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux en Gironde

Patrimoine classé Patrimoine urbain Institution de soin

Institution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux

    Rue de l'Abbé-de-l'Épée33000 Bordeaux
Propriété d'un établissement public de l'Etat
Institution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux
Institution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux
Institution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux
Crédit photo : JuliaCasado - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1800
1900
2000
1786
Fondation de l’institution
1859
Fin de la mixité
1861–1870
Construction du bâtiment actuel
1940
Réquisition allemande
2010
Classement monument historique
2016
Découverte archéologique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

L'ancienne institution en totalité, avec ses clôtures et sa parcelle d'assiette (cad. KX 38) : inscription par arrêté du 20 septembre 2010

Personnages clés

Jérôme Champion de Cicé - Archevêque de Bordeaux Fondateur de l’institution en 1786.
Roch-Ambroise Sicard - Directeur et disciple de l’abbé de L’Épée Premier directeur, parti pour Paris en 1790.
Jean de Saint-Sernin - Directeur laïc (1790–1816) Élève de Sicard, dirige l’école jusqu’à sa mort.
Joseph-Adolphe Thiac - Architecte départemental Concepteur du bâtiment (1861–1870).
Louis-André de Coëffard - Sculpteur Auteur de la statue de l’abbé de L’Épée.
Abbé de L’Épée - Pionnier de l’éducation des sourds Inspirateur de la méthode pédagogique utilisée.

Origine et histoire de l'Institution nationale des sourdes-muettes

L’Institution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux, aussi appelée Castéja, fut fondée en 1786 sous l’impulsion de l’archevêque Jérôme Champion de Cicé et dirigée par Roch-Ambroise Sicard, disciple de l’abbé de L’Épée. Initialement mixte, elle accueillait des enfants sourds du Sud-Ouest dans le quartier Saint-Seurin. Après plusieurs déménagements (rue Capdeville, couvent des Minimes, rue des Religieuses), l’État sépara filles et garçons en 1859, réservant Bordeaux aux jeunes filles sourdes ou malentendantes. La mixité fut supprimée pour des raisons eugénistes, craignant les mariages entre sourds et la transmission héréditaire de la surdité.

La construction de l’actuel bâtiment débuta en 1861 sous la direction de l’architecte départemental Joseph-Adolphe Thiac, s’achevant en 1870. Inspiré de la Renaissance italienne, l’édifice quadrangulaire (158 m x 60 m) intègre des motifs décoratifs uniques, comme un alphabet dactylologique sculpté sur les murs du premier étage. Une statue de l’abbé de L’Épée domine le porche, encadré de médaillons honorant les fondateurs. La chapelle, décorée par J. Villiet en 1865 dans un style inspiré de Fra Angelico, forme l’axe central du bâtiment, entouré de cours distribuant salles de classe et pensionnat.

Réquisitionné par les Allemands en 1940, le site devint commissariat central de Bordeaux de 1949 à 2003. L’institution, redevenue mixte sous le nom d’Institut national des jeunes sourds, déménagea en 1958 à Gradignan. Classé monument historique en 2010, le bâtiment fut vendu par l’État en 2014 dans le cadre de la loi Duflot I. Sa réhabilitation (2015–2016) révéla une nécropole antique exceptionnelle, peut-être liée à la peste de Justinien. Aujourd’hui, le site accueille logements, un hôtel et une école, mêlant patrimoine et modernité.

L’architecture du bâtiment reflète les standards des constructions publiques de Thiac, avec un avant-corps central éclectique et un vestibule à colonnes menant à la chapelle. Les cours intérieures organisaient autrefois les espaces éducatifs et résidentiels. Le sculpteur Louis-André de Coëffard (1818–1887) réalisa la statue de l’abbé de L’Épée et les médaillons des fondateurs, tandis que les signes de l’alphabet dactylologique, gravés en frise, symbolisent la vocation pédagogique de l’institution. Ces détails artistiques adoucissent la rigueur géométrique de la façade.

Le site incarne l’évolution des politiques éducatives et sociales envers les personnes sourdes en France. Fondé dans un esprit philanthropique au XVIIIe siècle, il devint un outil de contrôle étatique au XIXe siècle, avec la ségrégation genrée imposée en 1859. Sa transformation en commissariat, puis sa réhabilitation contemporaine, illustrent les mutations urbaines et mémorielles de Bordeaux. Les fouilles de 2016 ont ajouté une dimension archéologique majeure, liant l’histoire de l’institution à celle, bien plus ancienne, de la ville.

Liens externes

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