Frise chronologique
Ier siècle (50-75)
Construction de la villa
Construction de la villa
Ier siècle (50-75) (≈ 63)
Habitat flavien succédant à un quartier ancien.
Début IIe siècle
Transformation en thermes
Transformation en thermes
Début IIe siècle (≈ 204)
Ancienne habitation convertie en bains publics.
268-280
Destruction par incendie
Destruction par incendie
268-280 (≈ 274)
Abandon définitif du complexe thermal.
1967
Découverte fortuite
Découverte fortuite
1967 (≈ 1967)
Fouilles d’urgence après travaux hospitaliers.
1978-1985
Fouilles systématiques
Fouilles systématiques
1978-1985 (≈ 1982)
Dirigées par Claude Lemaître et Michel Batrel.
1987
Protection monument historique
Protection monument historique
1987 (≈ 1987)
Inscription des vestiges gallo-romains.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Vestiges gallo-romains du centre hospitalier (ensemble) (cad. BP 193) : inscription par arrêté du 22 septembre 1987
Personnages clés
| Claude Lemaître - Archéologue |
Dirigea les fouilles de 1978 à 1985. |
| Michel Batrel - Archéologue |
Collabora aux fouilles des thermes. |
| Alix Barbet - Spécialiste peintures murales |
Étudia les décors du tepidarium. |
| Postume - Empereur romain (260-269) |
Monnaies trouvées dans les dernières couches. |
Origine et histoire
Le jardin archéologique de l'hôpital de Lisieux est un espace public présentant les vestiges d’un quartier gallo-romain fouillé entre 1978 et 1985 sous la direction de Claude Lemaître. Ce site, découvert fortuitement en 1967 lors de la construction de la chaufferie de l’hôpital Robert-Bisson, révèle deux ensembles majeurs : un édifice thermal et une villa privée. Les fouilles ont mis au jour des peintures murales d’une qualité rare, dont un décor de poissons sur fond bleu unique en Gaule, ainsi que des thermes divisés en sections masculine et féminine, datés du IIe siècle. Les vestiges témoignent d’une occupation continue du Ier au IIIe siècle, avant leur abandon progressif et leur destruction partielle par un incendie vers 268-280.
Les thermes, initialement une habitation transformée en établissement public, présentent un plan rayonnant atypique et des peintures luxueuses, comme celles du tepidarium féminin orné de représentations des Muses. La villa, construite à la fin du Ier siècle, comptait une cinquantaine de pièces, dont des cuisines, des salles de réception et des espaces chauffés par hypocauste. Les décors peints, étudiés au centre de Soissons, révèlent des techniques avancées, comme l’imitation de marbres ou des scènes mythologiques, datées de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle. Le site, protégé depuis 1987, illustre l’urbanisation de Noviomagus Lexoviorum (Lisieux antique), capitale des Lexovii, et son déclin lié aux crises du IIIe siècle.
La localisation du quartier, à la limite orientale de l’agglomération gallo-romaine, près d’un decumanus et d’aqueducs, souligne son importance dans l’organisation urbaine. Les thermes, alimentés par des sources situées à 9 km, étaient proches d’une voie menant à Évreux (Mediolanum Aulercorum). Après leur destruction, le site servit de carrière de pierres jusqu’au Moyen Âge, puis accueillit des potiers aux XIe-XIIIe siècles. Les fouilles ont aussi révélé des traces d’artisanat métallurgique antérieur aux thermes, confirmant une occupation précoce du secteur.
Les peintures du tepidarium féminin, interprétées comme une représentation des Muses et d’Apollon, sont parmi les plus remarquables de Gaule. Leur style, typique de l’époque sévérienne (fin IIe-début IIIe siècle), évoque un renouveau des sujets mythologiques. Alix Barbet, spécialiste des peintures murales romaines, souligne leur rareté et leur qualité, comparables à des ensembles britanniques du IVe siècle. Ces décors, combinés à des éléments géométriques et végétaux, reflètent le luxe des élites locales et leurs ambitions culturelles.
L’abandon du site s’inscrit dans un contexte de régression économique et de repli défensif de la cité au IIIe siècle. Les dernières traces d’occupation, des monnaies de l’empereur Postume (260-269), précèdent la récupération systématique des matériaux pour construire l’enceinte du castrum vers 275-276. Contrairement à d’autres quartiers de Lisieux détruits par des incendies, la villa fut progressivement désertée, peut-être en lien avec le déclin général de la Gaule romaine. Les vestiges, aujourd’hui consolidés, forment un jardin public peu fréquenté, adjacent à l’hôpital.
La protection des vestiges a bénéficié du soutien de la ville de Lisieux et du département du Calvados. Les peintures, restaurées à Soissons, ont permis de reconstituer près de 25 panneaux, dont certains mesuraient jusqu’à 8 m2. Malgré l’absence de publication complète des fouilles, comme le note Alix Barbet en 2008, le site reste un témoignage majeur de l’architecture et de l’art provincial romain en Normandie. Son intérêt réside aussi dans la coexistence d’un habitat privé et d’un équipement public, reflétant l’évolution urbaine de Noviomagus Lexoviorum.