Origine et histoire
Le jardin botanique de l'université de Strasbourg a été créé en 1619 par des professeurs de la faculté de médecine pour la formation des étudiants et constitue le deuxième plus ancien jardin botanique de France après Montpellier. Installé à l'origine dans le quartier de la Krutenau, il a été transféré en 1884 au cœur du campus historique de la Neustadt, à l'arrière du palais universitaire, dans le contexte des transformations liées à l'annexion de l'Alsace‑Lorraine. Johann Rudolf Saltzmann y fonda un hortus medicus et introduisit des espèces exotiques; Marcus Mappus publia un catalogue des plantes et fit ériger en 1694 un cadran solaire polyédrique. Les collections se sont enrichies au fil des siècles par la création de serres et des agrandissements, mais l'ancien site, de moins d'un hectare, souffrait d'un mauvais ensoleillement et de difficultés d'approvisionnement en eau. Pendant le siège de 1870, le jardin fut réquisitionné et lourdement endommagé, avec des sépultures dans son enceinte et des dégâts aux serres; une violente grêle en 1871 acheva de détruire les installations. À partir de 1872, Anton de Bary élabora le programme de déplacement et d'aménagement du nouveau jardin et constitua un inventaire des acquisitions; l'architecte Hermann Eggert en donna la composition dans un style proche du jardin à l'anglaise. Doté de serres monumentales, d'un arboretum et d'une serre spécialement destinée au nénuphar géant Victoria regia, le jardin fut inauguré le 26 novembre 1884. Le complexe de serres dessiné par Eggert comprenait trois volumes communicants : un dôme central abritant un palmarium haut de 18 mètres et deux serres tempérées latérales non ouvertes au public. L'ensemble vitré couvrait 1 400 m2 et les toitures pouvaient être occultées par des claies en bois; les grandes serres étaient adossées au nord à un bâtiment de pierre abritant la chaufferie au charbon et des locaux techniques. La serre Victoria, séparée du groupe principal et chauffée par sa propre chaufferie à cheminée de briques, présentait une structure vitrée dodécagonale autour d'un bassin central de sept mètres de diamètre maintenu entre 25 et 30 °C pour la culture des plantes aquatiques tropicales. Les grandes serres furent gravement endommagées par un orage de grêle en 1958 puis détruites en 1963 pour laisser place à des bâtiments modernes; la reconstruction des locaux et des serres froide et chaude s'acheva en 1967 sous la direction d'Henri Jean Maresquelle. Seule la serre de Bary (ancienne serre Victoria) a été conservée et partiellement rénovée après les dégradations de 1958. Le jardin conserve la superficie qu'il avait lors de sa création et comprend aujourd'hui un observatoire astronomique et une pièce d'eau au centre de son plan. Classé aux Monuments historiques depuis 1990, avec la serre dodécagonale protégée en 1993, il est également labellisé Jardin remarquable depuis 2004. Sa mission est triple : vocation botanique en lien avec l'Institut de botanique, dimension historique et rôle universitaire ; il est ouvert au public et constitue un lieu de promenade apprécié des Strasbourgeois. L'association des Amis du Jardin Botanique de l'Université de Strasbourg, créée en 1983, soutient le jardin par des actions de mécénat, des activités pédagogiques et la gestion d'une bibliothèque de plus de 1 350 ouvrages hébergée à l'Institut de botanique. L'arboretum rassemble environ 2 200 arbres et arbustes, parmi lesquels figurent quelques sujets remarquables : un faux‑noyer du Caucase, un séquoia géant et cinq cyprès chauves, dont un Taxodium ascendens. Le séquoia, planté au moment de la création du nouveau jardin, a connu des épisodes de dégâts et de croissance forte ; en 2011 il mesurait 3,04 m de circonférence et 28 m de hauteur. Le jardin contient environ 6 000 plantes ; près de 3 000 d'entre elles ont été décrites dans une série d'articles publiés entre 1983 et 2023 par Bernard Heitz, rassemblés en deux volumes parus en septembre 2024. Le cadran solaire polyédrique élevé par Marcus Mappus en 1694 est en grès des Vosges ; il se compose d'un bloc gnomonique rhombicuboctaédrique de 53 cm gravé et muni de styles sur 23 faces, posé sur un socle portant une inscription latine. Retrouvé en 1993 dans les entrepôts du barrage Vauban, il a été restauré puis remis en place en 1995 par Paul Schott; il provenait initialement du premier jardin de la Krutenau. Le jardin abrite depuis 1922 une station météorologique intégrée au réseau secondaire de Météo‑France ; ses relevés, représentatifs d'un parc urbain, présentent des comportements d'humidité intermédiaires entre les stations urbaines et rurales. Le 27 mai 2024, la station du jardin a enregistré 220,5 mm de précipitations, un record depuis le début des relevés en 1922, tandis que la station rurale d'Entzheim relevait 161,2 mm le même jour.