Origine et histoire
Le jardin des Prébendes d'Oé est un jardin public créé en 1872 à Tours par les frères Bühler, spécialistes des parcs à l'anglaise. Situé sur d’anciens jardins potagers marécageux dont les revenus (prébendes) étaient autrefois versés au prévôt d’Oé, il intègre un ruisseau canalisé, l’Archevêque, et une île centrale plantée de cyprès chauves. Ce projet, né après la guerre de 1870, visait aussi à employer les ouvriers au chômage suite à la crise économique. Les allées sinueuses, les essences regroupées (cèdres, séquoias, tilleuls) et les vastes pelouses en font un espace typique du style Bühler, mêlant nature et art.
Le jardin, enrichi de statues d’écrivains tourangeaux (Ronsard, Meusnier de La Place, Racan) et de deux kiosques à musique, devint un lieu de promenade et de concerts pour les familles. Il s’inscrit dans la tendance des villes de province à créer des parcs inspirés des grands travaux parisiens du Second Empire. Eugène Bühler, architecte paysagiste, supervisa son évolution, introduisant des plantes exotiques comme le ginkgo biloba ou le chêne rouge d’Amérique. Labellisé « Jardin remarquable », il inspire encore aujourd’hui artistes et écrivains, comme Senghor, Celan ou le cinéaste Pierre Etaix.
Le site, classé Monument Historique en 2003, illustre l’héritage des frères Bühler et leur approche paysagère, alliant utilité sociale (emploi post-guerre) et esthétique romantique. Son aménagement reflète aussi les transformations urbaines du XIXe siècle, où les espaces verts deviennent des symboles de modernité et de bien-être citoyen. La canalisation du ruisseau et la création de l’île centrale, typiques de leur style, en font un modèle de jardin public intégré à la ville.
Dans la culture populaire, le jardin apparaît dans des œuvres littéraires et cinématographiques, comme le poème Jardin des Prébendes de Senghor (1939) ou le film Le Grand Amour de Pierre Etaix (1969). Ces références soulignent son rôle comme lieu de mémoire et d’inspiration, ancré dans l’histoire tourangelle. Son entretien et ses aménagements ultérieurs (statues, fabriques) perpétuent cette vocation à la fois récréative, artistique et patrimoniale.
Le jardin s’inscrit enfin dans une dynamique plus large d’aménagement des espaces verts à Tours, préfigurant des projets comme le lac de la Bergeonnerie ou le parc Honoré de Balzac au XXe siècle. Ces initiatives, portées par des maires comme Jean Royer, visaient à « aérer » la ville et à offrir des lieux de détente accessibles, marquant une évolution vers une urbanisation plus verte et durable.