Origine et histoire du Jardin
Le jardin du Luxembourg a été créé en 1612 à la demande de Marie de Médicis, qui souhaitait un espace vert inspiré des jardins florentins pour accompagner son nouveau palais, construit par l’architecte Salomon de Brosse. Le terrain, initialement acquis auprès du duc de Piney-Luxembourg, était un hôtel particulier entouré de huit hectares. Le jardin fut conçu par Jacques Boyceau, spécialiste des jardins à la française, avec des parterres symétriques, une fontaine centrale et un aqueduc restauré (l’aqueduc Médicis) pour alimenter les jeux d’eau. Malgré les contraintes imposées par le couvent des Chartreux, voisin du site, le jardin s’étendit sur plus d’un kilomètre d’est en ouest, avec une grande allée transversale.
Au fil des siècles, le jardin a subi plusieurs transformations majeures. En 1635, André Le Nôtre réaménagea les parterres, mais la perspective sud resta limitée par le couvent. Après la Révolution, le mur des Chartreux fut abattu, permettant l’annexion de 26 hectares supplémentaires et l’ouverture de l’avenue de l’Observatoire, dessinée par Jean-François Chalgrin sous le Premier Empire. Le jardin devint alors un lieu public, avec des aménagements pour les enfants (kiosques, jeux) sous Napoléon Ier. Au XIXe siècle, les travaux haussmanniens réduisirent sa superficie, notamment avec le percement du boulevard Saint-Michel, entraînant le déplacement de la fontaine Médicis.
Le jardin a également été marqué par des événements historiques troublés. Pendant la Commune de Paris (1871), des Fédérés y furent fusillés, et une plaque commémorative y fut apposée en 2003. Sous l’Occupation allemande (1940-1944), il servit de parking militaire, abritant même des blockhaus et un « jardin allemand » interdit au public. Les serres, le verger et les potagers furent partiellement convertis pour subvenir aux besoins alimentaires. Après la Libération en 1944, le jardin retrouva sa vocation publique, avec ses activités culturelles (théâtre de marionnettes, kiosque à musique) et ses espaces dédiés aux sports (tennis, échecs) ou à la détente.
Aujourd’hui, le jardin du Luxembourg appartient au Sénat, qui en assure l’entretien via un budget annuel (13,4 millions d’euros en 2024). Il abrite 106 statues, dont la série des Reines de France et Femmes illustres, ainsi que des fontaines emblématiques comme celle de Eugène Delacroix. Ses serres, créées au XIXe siècle, conservent des collections horticoles rares, dont 400 espèces d’orchidées. Le jardin reste un lieu de promenade, de culture (expositions photographiques sur les grilles) et de mémoire, avec des cérémonies annuelles comme l’hommage aux étudiants morts pour la Patrie.
Classé parmi les plus beaux jardins du monde (3e place en 2022 selon HouseFresh), le Luxembourg allie patrimoine historique et modernité. Ses allées ont inspiré des œuvres littéraires (Les Misérables de Victor Hugo, Madame Bovary de Flaubert) et cinématographiques (Les Misérables de Jean-Paul Le Chanois, Lupin sur Netflix). Le jardin accueille aussi des événements sportifs, comme les phases finales du championnat de France de jeu de paume, discipline olympique en 1900 sur ses terrains.
L’organisation du jardin reflète ses influences successives : une partie à la française (axe central du palais), des zones à l’anglaise (côté rue Guynemer), et une forêt géométrique de quinconces. Le verger conservatoire préserve des variétés anciennes de fruitiers, tandis que le rucher et les serres perpétuent une tradition horticole remontant au XVIIe siècle. Les 60 jardiniers actuels (contre 400 autrefois) cultivent sur place les plantes ornementales, perpétuant un savoir-faire historique.