Origine et histoire
Le jeu de paume de Chinon est une ancienne salle construite à la fin du XVIe siècle, vers 1587-1590, comme en témoignent les analyses dendrochronologiques de sa charpente. Initialement dédiée au jeu de courte paume, un sport alors très prisé, elle fut louée à un aubergiste voisin dès sa construction. Cependant, l’engouement pour ce jeu déclina rapidement en France, et la salle changea d’usage dès le milieu du XVIIe siècle, devenant successivement une salpêtrière, un manège militaire, puis un entrepôt.
Au fil des siècles, le bâtiment connut de multiples transformations : il servit de garage à calèches après la Révolution, d’entrepôt de droguerie après la Seconde Guerre mondiale, puis de local pour un négociant en volailles dans les années 1980. Menacé de démolition au XXe siècle en raison de projets urbains, il fut finalement inscrit comme monument historique en 2015. Cette protection intervint après des décennies d’adaptations structurelles qui avaient altéré une partie de ses caractéristiques d’origine, comme ses murs en tuffeau partiellement remplacés par des moellons.
Racheté en 2017 par un Britannique passionné de courte paume, le jeu de paume de Chinon fait l’objet d’une campagne de restauration depuis 2021. Un diagnostic archéologique a permis de retrouver des éléments originels, tels que les fondations d’une galerie pour spectateurs et des traces de peinture noire sur les murs, typique des salles de jeu de paume pour faciliter le suivi de la balle. Ce monument, l’un des plus anciens encore debout en France, illustre l’évolution des pratiques sportives et urbaines depuis la Renaissance.
La salle, mesurant environ 30 mètres de long pour 10,50 de large, se distingue par sa charpente en huit travées et sa toiture d’ardoises. Bien que ses aménagements intérieurs aient disparu, les études récentes ont révélé des vestiges significatifs, comme une aire de jeu carrelée en terre cuite. Son pignon oriental, protégé par une avancée de toit, donne sur la rue éponyme, anciennement appelée rue du Manège en référence à son usage militaire au XVIIIe siècle.
Chinon comptait autrefois jusqu’à cinq salles de jeu de paume, mais celle-ci est la seule à avoir survécu. Aujourd’hui, elle partage avec les salles de Bordeaux, Fontainebleau et Paris le statut de témoin architectural de ce patrimoine sportif. Son inscription au titre des monuments historiques en 2015 et les travaux en cours visent à lui redonner sa fonction d’origine, tout en préservant les traces de ses multiples vies passées.