Origine et histoire de La Fabuloserie
La Fabuloserie est un musée privé d’art hors-les-normes, inauguré en 1983 à Dicy (aujourd’hui Charny-Orée-de-Puisaye, Yonne) par Alain Bourbonnais. Ce lieu unique, conçu comme un cabinet de curiosités, expose plus de mille œuvres d’artistes autodidactes, apparentées à l’art brut. Il se compose de deux espaces : la maison-musée, dédiée aux peintures, dessins et sculptures, et le jardin habité, un musée de plein-air peuplé de sculptures monumentales et d’installations oniriques. Parmi les pièces emblématiques figurent les Turbulents d’Alain Bourbonnais, les assemblages de Simone Le Carré-Galimard, ou encore le Manège de Petit Pierre, une œuvre mécanique sauvée et remontée entre 1987 et 1989.
L’aventure de La Fabuloserie trouve ses racines dans l’Atelier Jacob, une galerie parisienne ouverte en 1972 par Alain et Caroline Bourbonnais. Soutenus par Jean Dubuffet, pionnier de l’art brut, les Bourbonnais y exposent des créateurs marginaux comme Emile Ratier, Francis Marshall ou Giovanni Podestà. La galerie ferme en 1982, laissant place à La Fabuloserie, pensée comme l’aboutissement naturel de leur engagement. Deux expositions marquantes ont jalonné cette transition : Les Singuliers de l’art (1978, ARC-Musée d’Art moderne de Paris), avec 300 pièces de leur collection, et Outsiders (1979, Hayward Gallery, Londres), où Alain Bourbonnais prête une partie de ses œuvres.
La Fabuloserie incarne une vision féerique et subversive de l’art, célébrant des créateurs en marge des institutions. Alain Bourbonnais, architecte et collectionneur, y mêle son propre travail (comme les Turbulents) à celui d’artistes comme Janko Domsic, Camille Vidal ou Pierre Avezard (dit Petit Pierre). Après sa mort en 1988, sa femme Caroline, puis leurs filles Agnès et Sophie, perpétuent le musée. Depuis 2014, des expositions temporaires (ex. : Les paysages fabuleux de Paul Amar, 1999) et des hommages (comme celui à Caroline Bourbonnais en 2015) maintiennent vivante cette aventure familiale et artistique.
L’art hors-les-normes, distinct de l’art brut, naïf ou populaire, y est défini par son caractère personnel et non conventionnel. Les œuvres, souvent réalisées avec des matériaux de récupération, reflètent des univers oniriques ou mystiques. Des figures comme Emile Ratier (sabotier devenu sculpteur de manèges en bois) ou Camille Vidal (créateur de l’Arche de Noé en ciment armé) illustrent cette quête de liberté créative. La Fabuloserie, à travers ses publications (La Fabuloserie, art hors-les-normes, 2009) et ses collaborations (Halle Saint-Pierre, Musée du Dr Guislain), reste un lieu de référence pour cet art marginal.
Le musée s’inscrit dans un réseau international, comme en témoignent les expositions itinérantes (La Fabuloserie. Musée des Diables et des Anges, 2000, Allemagne) ou les partenariats (collection A.K. Pologne, 2017). Son néologisme éponyme, Fabuloserie, évoque à la fois la collection de cahiers et films d’Alain Bourbonnais et l’esprit merveilleux du lieu. Aujourd’hui, le musée continue d’explorer cet héritage à travers des projets comme le 30ème anniversaire du Manège de Petit Pierre (2019-2020) ou des expositions dédiées à des artistes contemporains (Jean Bordes, 2020-2021).