Origine et histoire du Lavoir
Le lavoir de l'Ayrolle, édifié en 1749 par l'ingénieur du Roi Ramon, est un ouvrage emblématique de Millau, en Aveyron. Commandé par les consuls et le juge bailli Jean-François de Bonald, il s’inscrit dans un projet d’embellissement urbain après la démolition des fortifications médiévales. Son architecture classique, en grès ocre, combine utilité et esthétique : un bassin supérieur alimente deux bassins inférieurs, encadrés d’arcatures en fer à cheval. La façade, ornée d’un portique toscan à trois arcades, était surmontée d’une toiture effondrée en 1773.
Le lavoir, classé monument historique en 1931, reflète les techniques hydrauliques du XVIIIe siècle. Alimenté par le ruisseau de Vézoubies, il était destiné aux lavandières, avec un système de bassins en U encore partiellement visible. Pendant la Révolution, les symboles royaux (fleurs de lys, inscription) furent martelés en 1794. Au XIXe siècle, des modifications (grille en fer, couverture partielle en 1891) adaptèrent son usage, avant son déclin avec l’arrivée de l’eau courante dans les foyers.
Aujourd’hui, seul le bassin semi-circulaire est protégé par un édicule en bois, altérant la lecture originale de l’ensemble. Les bassins latéraux, engazonnés depuis 1953, témoignent de son évolution. Le lavoir reste un vestige des équipements publics pré-industriels, mêlant fonction sociale et prestige architectural sous l’Ancien Régime.
Sa construction utilisa des pierres des anciennes fortifications de Millau, extraites de la carrière de Graujal. Le projet, validé par un arrêt du Conseil du Roi en février 1749, fut mené par l’intendant Charles Lescalopier. Les détails décoratifs, comme les têtes d’Indiens aux coiffes de plumes sur les arcades, évoquent l’influence des découvertes coloniales dans l’ornementation locale.
Le lavoir illustre aussi les tensions entre patrimoine et modernité : sa toiture métallique de 1891, remplacée en 1952, et les transformations des bassins reflètent les adaptations successives. Classé avec le Pont Vieux en 1931, il symbolise l’héritage hydraulique et urbain de Millau, entre mémoire collective et défis de conservation.