Origine et histoire
Le palais épiscopal de Lectoure, édifié entre 1676 et 1682 par les artisans Jean Rabbé et Jean et Bertrand Cruchon pour l'évêque Hugues de Bar, se situe au sud de la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais. Il remplace un bâtiment modeste et le cloître sud de la cathédrale, dont il ne subsiste qu'une pierre antique réemployée dans les sous-sols. La construction a exigé l'acquisition et la destruction de plusieurs maisons et jardins du quartier de Fontélie pour créer des terrasses et un jardin offrant un vaste panorama, ainsi qu'une orangerie à l'est du chevet. Le palais comprend deux corps de bâtiment perpendiculaires, le corps principal appuyé à la cathédrale et un second corps vers le sud relié par une façade et un pont franchissant un large fossé qui dessert les caves. Pendant l'Ancien Régime les évêques y résident et le palais accueille en septembre 1787 l'élection de Lomagne en présence de l'évêque Emmanuel-Louis de Cugnac. Mis en vente comme bien national en 1790, l'ensemble est partagé en deux lots, l'un comprenant le palais et ses jardins, l'autre l'orangerie et son jardin séparés par un mur. Le général Jean Lannes acquiert ensuite l'ensemble ; sa veuve, Louise de Guéhéneuc, le donne à la commune le 1er septembre 1819. À partir de cette date, le bâtiment abrite successivement des services publics — tribunal de première instance, mairie, justice de paix et sous-préfecture — et ses intérieurs sont remaniés aux XIXe et XXe siècles. Aujourd'hui, l'ancien évêché accueille la mairie, l'office de tourisme et le musée Eugène-Camoreyt installé dans les anciennes caves. L'accès à la cour d'honneur se fait par un grand portail en ferronnerie flanqué de piliers couronnés des initiales CL (Civitas Lactorae) ; le bâtiment annexe de l'office de tourisme, initialement écurie et logement du personnel avec pigeonnier dans les combles, abrite désormais une salle d'exposition et les archives municipales. La façade principale, en pierre de taille et à un étage, est rythmée par de grandes fenêtres inégalement espacées mais respectant une ordonnance classique soulignée par des bandeaux horizontaux, tandis que le fossé, bordé d'une grille en fer du XVIIIe siècle, laisse apparaître les baies grillagées des caves. Le rez-de-chaussée s'ouvre sur deux vastes salles dallées, dites « des pas perdus », qui communiquent entre elles et, dans l'axe, donnent sur la promenade des Marronniers. De la première salle part un escalier orné d'une rampe de ferronnerie qui mène à l'étage, et un escalier descendant conduit aux caves où se trouve aujourd'hui le musée. À l'étage se tiennent la salle de l'ancien tribunal, ornée de grandes toiles du XIXe siècle issues de dépôts des musées nationaux, la salle des Illustres et les bureaux municipaux. La salle des Illustres, galerie « à l'italienne » ouverte au sud par de larges fenêtres, présente les portraits des principaux personnages locaux, avec de nombreux officiers supérieurs de la Révolution et de l'Empire et plusieurs amiraux du XIXe siècle ; les écrivains et poètes y sont en général exclus, à l'exception d'un portrait de Jean‑François Bladé offert par Germain Massoc. Parmi les portraits figurent notamment Jean Lannes et plusieurs généraux et amiraux tels que Jean-Jacques de Laterrade, Pierre Banel, Jérôme Soulès, Jean‑Baptiste Dupin, Jacques‑Gervais Subervie, Joseph Lagrange, Louis Antoine Marie Victor de Galard, Augustin Dupouy, Auguste Boué de Lapeyrère et Augustin Boutan. Les jardins de l'évêché ont été transformés en promenade publique plantée de marronniers, remplaçant les ormeaux d'origine, et s'articulent en terrasses bordées d'une balustrade typique du Lectourois. La promenade domine l'ancien fossé et le bastion converti en promenade, touche la cathédrale et fut longtemps un lieu de représentations théâtrales et de festivités municipales, accueillant notamment des troupes de la Comédie‑Française. Une plaque rappelle la dernière représentation de la tragédienne Madeleine Roch, une allée est dédiée au comédien Albert Lambert, et la promenade offre côté sud une vue panoramique sur la plaine du Gers et, par temps clair, sur la chaîne des Pyrénées.