Origine et histoire de la Vieille Charité
La Vieille Charité, située 2 rue de la Charité au cœur du quartier du Panier dans le 2e arrondissement de Marseille, est un ensemble hospitalier édifié au XVIIe siècle pour abriter les indigents et les pauvres de la ville. Conçu comme la mise en œuvre locale du « grand enfermement » décrit par Michel Foucault, le bâtiment répond aux principes architecturaux du XVIIe siècle, en particulier par la présence de la chapelle de Pierre Puget et de sa coupole ovoïde. L'œuvre Notre-Dame de la Charité fut décidée après un édit royal sur l'enfermement des pauvres ; la première pierre de locaux provisoires fut posée le 24 juin 1640 et les premiers indigents accueillis en juin 1641. Face à l'augmentation du nombre de mendiants, les autorités retenaient le projet de Pierre Puget le 23 avril 1671 ; les travaux commencèrent le 14 août 1671 sous la direction de son frère Jean et du maître maçon Jacques Borély. L'aile nord fut achevée en 1678 ; la construction de la chapelle, financée par une donation d'Honoré de Seigneuret, fut approuvée la même année. Puget mourut en 1694 et l'église fut achevée en 1704 ; l'ensemble des bâtiments fut finalement complété en 1745 sous la conduite de François Puget. Construit en pierre rose et blanche de la carrière de la Couronne, l'édifice forme un rectangle de 112 × 96 m fermé sur l'extérieur et ouvert sur une cour intérieure de 82 × 45 m, desservie par des galeries superposées sur trois niveaux et des arcades en plein cintre. Les murs extérieurs sont dépourvus de fenêtres ; au centre se trouve la chapelle coiffée d'une coupole elliptique de style baroque et précédée d'un porche à colonnes corinthiennes, œuvre de l'architecte Blanchet réalisée entre 1861 et 1863. Le fonctionnement de l'hospice reflétait une politique de répression de la mendicité : les « chasse-gueux » saisissaient les mendiants, expulsant les étrangers et internant les Marseillais, tandis que des ateliers occupaient les pensionnaires et que des enfants étaient placés comme domestiques, mousses ou apprentis. La population internée passa de 850 en 1736 à 1 059 en 1760, puis diminua progressivement pour atteindre 250 en 1781. La loi de 1796 rassemblant les hôpitaux municipaux transforma la charité en lieu d'hébergement pour vieillards et indigents, qui furent transférés en 1890 à Sainte-Marguerite. Au XXe siècle, le site connut un long déclin : utilisé par l'Armée en 1905, adapté en logements pour expropriés en 1922, puis hébergeant en 1943 des familles évacuées, il fut progressivement dégradé et abrita, dans les années 1940 et 1950, près de 150 familles vivant dans des conditions précaires. Des initiatives de sauvegarde émergèrent dès les années 1930 et la situation fut dénoncée après la guerre ; le bâtiment fut classé monument historique le 29 janvier 1951. Tous les résidents furent relogés en 1962 et, après une aide financière accordée par André Malraux, un vaste programme de restauration fut lancé : les travaux, entrepris dès 1961, ont porté sur la consolidation et le remplacement des pierres des galeries, la rénovation des salles et de la chapelle, et se sont achevés pour la chapelle en 1981 et pour l'ensemble en 1986. Aujourd'hui, la Vieille Charité accueille plusieurs institutions culturelles et scientifiques. Le musée d'archéologie méditerranéenne, au premier étage, regroupe les départements des antiquités égyptiennes, des antiquités classiques et de l'archéologie régionale celto-ligure ; le musée d'arts africains, océaniens et amérindiens, au deuxième étage, présente des masques et reliquaires africains issus de donations, des collections océaniennes comprenant notamment des crânes et des masques de danse, ainsi que des masques et statuettes américaines dont des pièces issues des donations de François Reichenbach et du docteur Gastaut. Le site abrite également des institutions de recherche et d'enseignement, notamment le campus EHESS Marseille qui développe des masters et doctorats en sciences humaines et sociales et le Centre Norbert Elias (UMR 8562), laboratoire interdisciplinaire créé en 2010, rassemblant des chercheurs en anthropologie, histoire, sociologie, linguistique et sciences de l'information, associé au CNRS, à Avignon Université et à Aix-Marseille Université, et intégré depuis 2024 à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme. Le fonds documentaire en sciences sociales, constitué depuis 1986 à l'initiative de l'EHESS et du CNRS, compte près de 18 000 ouvrages et 365 périodiques, consultables sur place. Enfin, la Vieille Charité est un lieu de création et de diffusion : le Centre international de poésie Marseille y organise lectures, rencontres, expositions, résidences et ateliers, complétés par une bibliothèque spécialisée, des actions éditoriales et des développements numériques.