Origine et histoire du collège jésuite
Le collège jésuite de Blois trouve ses origines dans la création d’un collège royal en 1581 par Henri III, à la demande des habitants de Blois souhaitant offrir une éducation locale pour éviter l’envoi des jeunes vers Paris. Initialement situé dans le quartier du Bourg-Neuf, l’établissement est confié aux jésuites en 1622, marquant le début d’une période de développement architectural et pédagogique. Sous leur direction, le collège s’agrandit, avec la construction d’une chapelle baroque (1623-1671) et l’augmentation du nombre d’élèves, atteignant 239 en 1626. Les jésuites y introduisent des méthodes éducatives strictes, centrées sur les humanités, la religion catholique et la discipline.
L’expulsion des jésuites en 1764, décrétée par Louis XV, plonge le collège dans une crise institutionnelle. Malgré des tentatives de reprise par des séculiers ou d’autres ordres religieux, l’établissement décline jusqu’à sa fermeture en 1793 pendant la Révolution. Ses locaux sont alors réquisitionnés pour des usages militaires ou industriels, comme la fabrication de salpêtre. La chapelle, transformée en magasin à foin, échappe cependant à la destruction totale. Au XIXe siècle, le collège est recréé sous forme d’école communale, puis de lycée, tout en conservant des vestiges de son passé jésuite, comme l’ancienne chapelle, rebaptisée église Saint-Vincent-de-Paul en 1826.
Au XXe siècle, le site subit des transformations majeures. Détruit par les bombardements de 1940, le collège est reconstruit après-guerre et intégré à une cité scolaire moderne. En 1954-1957, l’ancien bâtiment jésuite est restauré et partiellement intégré à la poste centrale de Blois, conçue par l’architecte Georges Labro. Ce projet préserve la façade historique tout en l’adaptant à un usage contemporain. Aujourd’hui, le collège jésuite de Blois incarne à la fois un patrimoine éducatif et architectural, témoin des mutations sociales et politiques de la France depuis le XVIIe siècle.
Parmi les figures marquantes liées au collège, on compte des enseignants comme René-Robert Cavelier de La Salle, explorateur de la Louisiane, ou des élèves illustres tels qu’Augustin Thierry, historien du XIXe siècle. Le monument, classé partiellement aux Monuments Historiques en 1928, reste un symbole de l’héritage jésuite et de l’évolution de l’enseignement en France. Son architecture, mêlant styles baroque et classique, reflète les ambitions éducatives et religieuses de l’époque moderne.
Le site actuel, situé place Victor-Hugo, conserve des éléments originaux comme la chapelle et le bâtiment sud, malgré les remaniements liés à son intégration dans la poste. Les fouilles et restaurations successives ont permis de mettre en valeur ce patrimoine, tout en l’adaptant aux besoins contemporains. Le collège jésuite de Blois illustre ainsi la capacité des monuments historiques à se réinventer au fil des siècles, tout en préservant leur mémoire.