Origine et histoire
Le Palace, situé 8 rue du Faubourg-Montmartre dans le 9e arrondissement de Paris, est un lieu culturel aux multiples facettes. Inauguré en 1912 comme salle de cinéma sous le nom de Gaumont Color, il devient rapidement un espace polyvalent, passant du cinéma au music-hall, puis au théâtre et à la nuit parisienne. Son histoire est marquée par des transformations architecturales et des changements de vocation, reflétant les évolutions des loisirs et de la société française au XXe siècle.
En 1921, l’entrepreneur Léon Volterra rachète la salle et la rebaptise Société anonyme de music-hall et de cinéma Eden. Sous sa direction, puis celle de Maurice Maréchal, le lieu accueille des opérettes et des revues, comme La Chaste Suzanne (1921) ou La Revue du Canard Enchaîné (1922). En 1923, Oscar Dufrenne et Henri Varna en font le Palace Music-Hall, célèbre pour ses revues audacieuses, comme Toutes les femmes (1923), qui frôle l’interdiction pour outrage aux mœurs. Le succès est immédiat, attirant des vedettes comme Maurice Chevalier et les Dolly Sisters.
La période 1923-1933, sous Dufrenne et Varna, marque l’âge d’or du Palace comme music-hall. Les revues somptueuses, comme Oh, les belles filles (1923) ou Nudist’Bar (1930), mêlent danse, chanson et provocations. Le lieu devient un symbole de la vie nocturne parisienne, accueillant des stars internationales et des spectacles avant-gardistes. En 1931, le Palace se transforme temporairement en cinéma, projetant des films expérimentaux. L’assassinat de Dufrenne en 1933, non élucidé, met fin à cette ère fastueuse.
Après la Seconde Guerre mondiale, le Palace redevient un cinéma avant d’être abandonné dans les années 1970. En 1973, Michel Guy, alors ministre de la Culture, le choisit pour accueillir le Festival d’automne et des spectacles expérimentaux. De 1975 à 1978, sous la direction de Pierre Laville, il se consacre au théâtre. Classé monument historique en 1976 pour sa salle et ses décors, le lieu est sauvé de la ruine.
En 1978, Fabrice Emaer, figure de la nuit parisienne, rachète le Palace et en fait une boîte de nuit légendaire, inspirée du Studio 54 new-yorkais. Avec ses soirées rouge et or, ses défilés de mode (Kenzo, Lagerfeld) et ses concerts (Grace Jones, Prince, Gainsbourg), le Palace devient le temple de la fête, de la musique disco et de la culture gay. Roland Barthes le décrit comme un lieu de « synthèse » où se mêlent théâtre, modernité et ivresse collective. La clientèle, éclectique, inclut des célébrités comme Andy Warhol, Mick Jagger ou Yves Saint Laurent.
La fermeture en 1982, suivie de la mort d’Emaer en 1983, marque le déclin du Palace. Le lieu change plusieurs fois de mains dans les années 1980-1990, accueillant des soirées techno et house (French Kiss, Gay Tea Dance), mais pâtit de difficultés financières et de fermetures administratives. En 1996, il ferme définitivement et tombe en désuétude. Rachété en 2006 par les frères Vardar, il rouvre en 2008 comme salle de spectacle, accueillant des humoristes (Valérie Lemercier, Florence Foresti) et des expositions (David Bowie, Michel Polnareff).