Origine et histoire du Radôme
Le Radôme de Pleumeur-Bodou, situé dans les Côtes-d’Armor, a été construit en 1961-1962 dans le cadre du projet international Relay, une collaboration entre la France et la NASA pour les télécommunications par satellite. Conçu par l’architecte Milton Plunnett et la société américaine Bird Air, il abritait une antenne cornet de 340 tonnes, recouverte d’une enveloppe gonflable en Dacron, destinée à suivre le satellite Telstar. Ce dernier, premier satellite de télécommunications, permettait des liaisons transatlantiques limitées à 20 minutes par orbite. Le site a été inauguré par le général de Gaulle le 19 octobre 1962, après avoir réalisé, le 11 juillet 1962, la première transmission télévisée en mondovision entre les États-Unis et l’Europe.
Le Radôme était au cœur d’un complexe plus vaste, le Centre de Télécommunication par Satellite (CTS), qui s’est étendu dans les années 1970-1980 avec des antennes paraboliques dédiées aux satellites géostationnaires (Intelsat, Eutelsat). Ces infrastructures ont joué un rôle clé dans les télécommunications mondiales, notamment pour les liaisons téléphoniques, télévisuelles et maritimes (INMARSAT). Cependant, avec l’essor des câbles sous-marins à fibres optiques dans les années 1990, le site a perdu sa compétitivité. Il a été progressivement fermé entre 1999 et 2003, avant d’être transformé en musée : la Cité des Télécoms, ouverte en 1991.
L’antenne cornet du Radôme, surnommée « La Grande Oreille », fonctionnait avec des technologies innovantes pour l’époque, comme un maser refroidi à l’hélium liquide (−269°C) pour amplifier les signaux, ou des calculateurs IBM 1620 pour ajuster son pointage avec une précision extrême (15/1000e de degré). Deux antennes traqueuses complétaient le système : l’une pour une acquisition grossière du satellite (à ±20°), l’autre pour un verrouillage précis (à ±2°). Ces équipements, aujourd’hui obsolètes, témoignent des défis techniques surmontés pour établir des communications intercontinentales fiables.
Le site a connu son apogée entre 1962 et 1985, avec jusqu’à 200 employés. Parmi les 15 antennes construites, seules 4 subsistent aujourd’hui (PB1/Radôme, PB3, PB5, PB8), les autres ayant été démantelées entre 2006 et 2007 pour des raisons financières et techniques. Le Radôme, classé monument historique en 2000 et labellisé Patrimoine du XXe siècle en 2004, est le dernier exemplaire au monde de ce type d’installation liée au programme Telstar. Le site, rebaptisé Pôle Phoenix, accueille désormais des activités culturelles, scientifiques et économiques, dont un planétarium et un village gaulois reconstitué.
L’association Observation Radio de Pleumeur-Bodou a reconverti l’antenne PB8 en radiotélescope, tandis que des projets visent à réhabiliter PB3 pour des observations astronomiques. Ces initiatives soulignent l’héritage scientifique du site, qui a marqué l’histoire des télécommunications spatiales. Le Radôme reste un symbole de la coopération internationale dans la conquête technologique, ainsi que de l’ingéniosité française dans un domaine alors émergent.