Origine et histoire du Lido
Le Lido de Paris, initialement une piscine à spectacle fondée en 1928 par Francisque Chaux, était un lieu de divertissement inspiré de Venise, fréquenté par les classes aisées. Situé au 78 avenue des Champs-Élysées, il proposait des baignades et des spectacles aquatiques dans un cadre décoré par René Berger, évoquant la célèbre plage du Lido vénitien, en vogue depuis la Belle Époque. Le lieu ferma en 1933 après une liquidation judiciaire, marquant la fin de cette première époque.
En 1936, Léon Volterra relança l’établissement en remplaçant la piscine par une salle de spectacle. Rachat en 1946 par les frères Joseph et Louis Clerico, le Lido fut entièrement transformé et rouvrit le 20 juin avec la revue Sans rimes ni raison. Les Clerico développèrent la formule « dîner-spectacle », attirant le Tout-Paris. En 1948, Margaret Kelly, dite « Miss Bluebell », et ses Bluebell Girls rejoignirent la troupe, consolidant la réputation du lieu. Une franchise fut même ouverte au Stardust de Las Vegas en 1955.
En 1977, le Lido déménagea au 116 bis avenue des Champs-Élysées, dans l’immeuble Normandie, sous la direction de Jean-Robert Boudre. Une salle panoramique de 1 150 places, conçue par les architectes italiens Giorgio Vecchia et Franco Bartoccini, fut inaugurée. Le cabaret accueillit des stars comme Édith Piaf, Marlene Dietrich ou Elton John, et produisit 27 revues jusqu’en 2022. Cette année-là, Accor racheta le Lido à Sodexo et le transforma en théâtre dédié à la comédie musicale, rouvrant en décembre avec Cabaret, mis en scène par Robert Carsen.
L’immeuble abritant le Lido depuis 1977, construit en 1931 par Jean Desbouis pour La Réunion Foncière, est partiellement classé Monument Historique depuis 2005. Sa façade « en dents de scie » et ses vitraux de Max-Ingrand (aujourd’hui disparus) reflètent l’architecture moderne de l’époque. Le cinéma Le Normandy, ouvert en 1937 en rez-de-chaussée, partageait cet espace avant l’arrivée du cabaret. Les décrochements de la façade offraient une vue optimale sur les Champs-Élysées, tout en masquant partiellement l’originalité polychrome de l’édifice.
Le Lido a marqué la culture populaire, apparaissant dans des films comme À bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard ou Le Samouraï (1967) de Jean-Pierre Melville. Son histoire reflète l’évolution des divertissements parisiens, du cabaret intimiste des années 1940 à la comédie musicale contemporaine. Aujourd’hui, le théâtre du Lido perpétue cette tradition en proposant des spectacles innovants, tout en conservant son prestige historique.