Origine et histoire du Lion de Belfort
Le Lion de Belfort est un monument commémoratif en grès rose sculpté par Auguste Bartholdi entre 1875 et 1879, à la demande de la ville pour honorer sa résistance lors du siège prussien de 1870-1871. Ce haut-relief de 22 mètres de long, adossé à la falaise de la citadelle, représente un lion blessé mais fier, symbolisant l’énergie des Belfortains. La flèche brisée sous sa patte pointe vers l’ennemi, tandis que sa tête, tournée vers l’ouest, exprime un dédain calculé pour apaiser les tensions diplomatiques de l’époque.
Le projet, lancé en 1871 par le maire Édouard Meny, fut marqué par des défis techniques et des conflits avec Bartholdi, notamment sur le financement. Initialement prévu en calcaire blanc, le lion fut finalement taillé dans du grès des Vosges, assemblé bloc par bloc sur une terrasse aménagée. Malgré l’absence d’inauguration officielle en raison de désaccords, Bartholdi organisa une illumination spectaculaire en 1880. Le monument, classé en 1931, devint l’emblème de Belfort, surnommée la « Cité du Lion ».
Inspiré par le Lion de Lucerne et les sculptures égyptiennes, Bartholdi étudia les félins au Jardin des Plantes pour créer cette allégorie de la résistance. Le lion, tourné vers l’ouest pour éviter de provoquer l’Allemagne bismarckienne, incarne une défaite transformée en symbole de fierté. Son socle porte l’inscription « Aux défenseurs de Belfort 1870–1871 », ajoutée en 1890 grâce à une souscription du Club Alpin. Des répliques réduites existent à Paris (place Denfert-Rochereau) et Montréal.
La postérité du monument fut immédiate : reproduit sur cartes postales, objets publicitaires ou détourné par des artistes comme Max Ernst, il fit l’objet de procès pour contrefaçon de son vivant. Classé monument historique en 1931, il fut restauré en 2019 pour retrouver sa couleur d’origine. En 2020, il fut sacré « Monument préféré des Français ». Son centenaire en 1981 et son 130e anniversaire en 2011 donnèrent lieu à des célébrations majeures, attirant des milliers de visiteurs.
Plusieurs légendes entourent l’œuvre, comme celle d’une langue manquante ayant poussé Bartholdi au suicide – infirmée par la restauration de 2019 et les archives médicales. Le lion, avec sa flèche dirigée vers l’est, rappelle les 103 jours de siège dirigés par le colonel Denfert-Rochereau, dont une réplique parisienne honore la mémoire. Le grès rose, choisi malgré les protestations initiales, lui confère une patine unique, renforçant son statut d’icône locale et nationale.