Origine et histoire de la Loge des Marchands
La Loge de Mer de Perpignan est un édifice civil emblématique de style gothique catalan, construit entre la fin du XIVe siècle et le XVIe siècle. Initialement conçue comme un lieu polyvalent, elle abritait à la fois le Consulat de Mer (tribunal commercial maritime), le Consulat municipal (mairie), et servait de siège à la Députation locale de la Generalitat. Son emplacement, sur l’actuelle place de la Loge, en faisait le centre névralgique de la ville médiévale, où se croisaient pouvoirs judiciaire, économique et politique. La construction débuta après l’autorisation de Martin Ier d’Aragon en 1397, sur l’emplacement d’un ancien marché aux peaux (pella), avec un rez-de-chaussée à arcades servant de bourse et un étage dédié au tribunal.
Le bâtiment fut achevé en deux phases majeures : la première, au début du XVe siècle, inclut une balustrade sculptée livrée depuis Barcelone en 1439, tandis que la seconde, en 1540, doubla sa superficie sous Charles Quint, reproduisant fidèlement le style original. Une plaque commémorative entre les arcades rappelle cette extension, financée par les consuls Honorat Forner et Francesc Mates. Le plafond décoré du rez-de-chaussée, les arcades intermédiaires, et une chapelle (dont le retable de 1489 est aujourd’hui au Musée Rigaud) témoignent de sa richesse architecturale. La girouette en forme de navire, symbole des activités maritimes, couronne toujours l’édifice.
Au XVIIIe siècle, la Loge perdit sa fonction commerciale et fut transformée en théâtre en 1751 par le comte de Mailly, entraînant la destruction du plafond et le transfert du retable. Après la Révolution, elle servit de dépôt avant d’être restaurée en 1841 par la ville, qui y installa un café au rez-de-chaussée et la Salle Arago à l’étage (actuelle salle du conseil municipal). Classée Monument Historique dès 1840, elle subit des restaurations en 1912 et 1951, perdant ses menuiseries néo-gothiques au profit d’un retour à son style originel. En 2017, la mairie racheta le bail commercial pour y installer l’office de tourisme.
Architecturalement, la Loge se distingue par ses façades contrastées : celle de la rue des Marchands, aux arcades brisées et baies divisées en lancettes, évoque le début des travaux (vers 1400–1405), tandis que la façade sur la place, avec ses fenêtres jumelées à clés pendantes, reflète le XVe siècle. Les blasons du Consulat de Mer, partiellement effacés après 1659 (rattachement à la France), montrent Saint Jean-Baptiste sur des vagues, symbole des échanges maritimes. Les sculptures des XVIe et XVe siècles, volontairement imitées, soulignent la continuité stylistique.
La Loge de Mer incarne l’âge d’or de Perpignan comme carrefour commercial entre la Catalogne et la Méditerranée. Son histoire reflète les mutations politiques (passage de l’Aragon à la France), économiques (déclin du consulat au XVIIIe siècle), et culturelles (réutilisations successives). Aujourd’hui, elle reste un symbole du patrimoine catalan en Occitanie, mêlant fonctions civiques passées et usages contemporains.