Origine et histoire du Logis de la Tourgarnier
Le logis de la Tourgarnier, situé à Angoulême en Charente, trouve ses origines dans une tour carrée du XIIIe siècle dont les vestiges sont intégrés dans la construction actuelle. Son emplacement stratégique, à la sortie de la ville sur l’ancien chemin de Périgueux, en faisait un point de passage notable. Bien que ses premiers propriétaires restent inconnus, le site est profondément transformé au XVIe siècle par la famille de La Place, seigneurs locaux et figures protestantes influentes.
Au XVIe siècle, le logis est rebâti par Hélie de La Place, maire protestant d’Angoulême et proche de Calvin, qui y appose le blason familial encore visible aujourd’hui, bien que mutilé pendant la Révolution. En 1565, le monument accueille pendant cinq jours Catherine de Médicis et son fils Charles IX, alors en tournée pour apaiser les tensions religieuses en Angoumois. Ce séjour royal souligne l’importance politique du logis, lié à la famille de La Place, maires d’Angoulême sur plusieurs générations.
Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, le logis subit des remaniements architecturaux, comme l’ajout d’un pavillon pentagonal abritant l’escalier et la modification du portail d’entrée, surmonté d’un crénelage décoratif aux boules à facettes. Passé entre les mains de familles bourgeoises (Ogerdias, Ducluzeau), il devient au XIXe siècle une propriété industrielle, intégré à une papeterie active jusqu’aux années 1970. Classé monument historique en 1925 et 1949 pour son portail et son mur crénelé, il est aujourd’hui une résidence privée, partiellement reconvertie en chambre d’hôtes.
L’architecture du logis mêle des éléments médiévaux (tour du XIIIe siècle) et Renaissance, avec une façade sud ornée d’un avant-corps pentagonal et une cour précédée d’un mur crénelé fantaisiste. À noter, un tilleul remarquable, aujourd’hui disparu, trônait dans la cour près d’une source transformée en bassin. Les intérieurs, rénovés au XXIe siècle, conservent des traces de son passé prestigieux, comme le pavage de la grande salle du rez-de-chaussée.
Le logis illustre les mutations d’un édifice aristocratique en site industriel, avant de retrouver une vocation résidentielle. Son histoire reflète les bouleversements religieux (guerres de Religion), politiques (visite royale) et économiques (Révolution industrielle) qui ont marqué l’Angoumois du XVIe au XXe siècle.