Origine et histoire du Logis du Prieur
Le prieuré Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, fondé en 1059 par Guillaume Ier, comte de Nevers, est un prieuré bénédictin dépendant de l’abbaye de Cluny. Il devient l’un des cinq principaux prieurés clunisiens, surnommés les « filles aînées ». Son église, seconde plus grande de France après Cluny III, symbolise le rayonnement de l’ordre par son décor soigné et son chevet à chapelles rayonnantes. Le site est classé monument historique dès 1840 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 pour son rôle sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le prieuré connaît une histoire mouvementée : détruit partiellement par les raids vikings au IXe siècle (un monastère nommé Seyr y existait vers l’an 700), il est reconstruit au XIe siècle sous le prieur Gérard de Cluny. Au XIIIe siècle, des conflits financiers et politiques éclatent entre Cluny et La Charité, aggravés par les guerres et un incendie dévastateur en 1559. Les bâtiments, endommagés, sont partiellement restaurés aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment sous les prieurs Nicolas Colbert et le cardinal de Bernis.
La Révolution française ferme le monastère en 1791. L’église devient paroissiale, tandis que les bâtiments conventuels, vendus, abritent successivement une faïencerie, une fabrique de chaussures et un négoce en vin. Ces occupations industrielles préservent le site de la destruction, malgré des transformations néfastes. En 1840, Prosper Mérimée empêche sa démolition pour le tracé d’une route royale. Depuis 2001, le prieuré fait l’objet d’un vaste chantier de restauration.
L’architecture du prieuré allie éléments romans et modifications ultérieures. Son tympan occidental (1130–1135) représente l’Assomption de la Vierge, thème rare à l’époque, tandis que le transept sud expose une Transfiguration du Christ, illustrant la continuité entre Ancien et Nouveau Testament. Le chevet, remanié au XIIe siècle, comprend un déambulatoire et des chapelles rayonnantes. Les bâtiments conventuels, reconstruits après les incendies du XIIIe siècle, incluent un cloître, un logis prieural et un grenier à sel.
Le prieuré abrite des figures marquantes, comme Dom Robert Mauvielle, sous-prieur mort de la peste en 1628 après avoir soigné des malades, ou le cardinal de Bernis, qui restaure le site au XVIIIe siècle. Les comtes de Nevers, fondateurs et protecteurs, jouent un rôle clé dans son histoire, notamment via des jugements arbitraux comme celui de 1224, homologué par Louis VIII. Les fouilles archéologiques de 2015 révèlent des traces d’occupations antérieures, enrichissant la compréhension du site.