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Lotissement de Lège à Lège-Cap-Ferret en Gironde

Patrimoine classé Maison d'architecte

Lotissement de Lège à Lège-Cap-Ferret

    35 avenue du Médoc33950 Lège-Cap-Ferret
Propriété d'une société privée
Crédit photo : Patrick.charpiat - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

XIXe siècle
Époque contemporaine
1900
2000
1923
Rencontre Frugès-Le Corbusier
octobre 1924
Début des travaux
1925-1926
Achèvement du lotissement
1929
Rachat par la famille Darbo
30 mai 1990
Classement monument historique
1994-1997
Restauration par Gironde Habitat
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Maison (cad. 244) : inscription par arrêté du 30 mai 1990

Personnages clés

Charles-Edouard Jeanneret (Le Corbusier) - Architecte Concepteur du lotissement, premier projet urbain moderne.
Pierre Jeanneret - Architecte associé Collaborateur de Le Corbusier sur le projet.
Henry Frugès - Industriel et mécène Commanditaire du lotissement pour ses employés.
Michel Sadirac - Architecte bordelais Défenseur du patrimoine, a évité la démolition.

Origine et histoire du lotissement de Lège

Le lotissement de Lège, construit en 1924 à Lège-Cap-Ferret, est le premier projet urbain réalisé par Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret pour l’industriel Henry Frugès. Ce mécène, passionné d’architecture et héritier d’une raffinerie de sucre, souhaitait appliquer les principes novateurs de Vers une architecture (1923) à une cité ouvrière destinée aux employés de sa scierie Guérin. Le projet, conçu comme un avant-projet de la future cité Frugès de Pessac, combinait économie (éléments préfabriqués, béton projeté) et modernité, avec des maisons évolutives organisées autour d’une placette publique et d’un fronton de pelote basque.

Les travaux, débutés en octobre 1924, rencontrèrent des difficultés techniques dues à l’incompétence de l’ingénieur en charge, retardant leur achèvement jusqu’en 1925-1926. La cité se composait de six maisons (types A et B), d’une hôtellerie-cantine, et d’espaces communs comme un jardin potager partagé. Malgré des innovations structurelles (poteaux et poutres en béton, toits terrasses), les logements manquaient de confort moderne : absence d’eau courante, de sanitaires, ou de chauffage central. Les ouvriers devaient puiser l’eau à une pompe manuelle jusqu’aux années 1970, et les voies étaient en terre battue.

En 1929, la faillite des raffineries Frugès entraîna la vente du lotissement à la famille Darbo, propriétaire d’une scierie landaise. Les maisons, surnommées quartier marocain en raison de leurs toits terrasses, subirent des transformations majeures (ajout de toitures en tôle, modifications des ouvertures) reflétant le rejet de l’esthétique corbuséenne par les nouveaux propriétaires. Pendant près de 50 ans, les bâtiments, laissés sans entretien, se dégradèrent, jusqu’à ce qu’un projet de démolition soit évité en 1988 grâce à l’intervention de l’architecte Michel Sadirac.

Classé à l’inventaire des monuments historiques en 1990, le lotissement fut racheté en 1993 par le bailleur social Gironde Habitat (ex-Office HLM 33), qui entreprit une restauration fidèle de 1994 à 1997, à l’exception de la maison-cantine. Les logements, loués à partir de 1998, conservèrent leur vocation sociale initiale. Des sondages archéologiques permirent de retrouver les couleurs d’origine des enduits. Le bâtiment collectif, non restauré, devint propriété de la ville en 2015, avec un projet d’y installer un musée.

Ce lotissement illustre les débuts de l’architecture moderne en France, mêlant utopie sociale et innovations techniques, tout en révélant les défis de sa réception par les usagers et les aléas économiques. Son sauvetage tardif en fait un témoignage rare des premières réalisations de Le Corbusier, précurseur des cités ouvrières du XXe siècle.

Liens externes

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