Origine et histoire du Lycée
Le lycée Alphonse-Daudet de Nîmes trouve ses origines au XVIe siècle comme hospice dans le faubourg Saint-Antoine, hors des remparts. Au fil des siècles, il évolue en hôpital, puis en projet avorté de Palais des Arts sous la Troisième République. Sa façade néoclassique, inspirée des arènes romaines voisines, est érigée à partir de 1807 sous Napoléon Bonaparte, selon les plans de l’architecte Charles Durand. La frise décorative de 120 scènes allégoriques (médecine, métiers) et les arcades commerciales du rez-de-chaussée témoignent de cette période hospitalière.
Entre 1875 et 1880, l’architecte Granon transforme partiellement l’hospice en un Palais des Arts destiné à abriter musée, bibliothèque et écoles, mais le projet est abandonné en 1881 au profit de son affectation comme lycée. Les architectes Lucien Feuchère et Alfred Granon de Grolier mènent alors d’ambitieux travaux (1883–1888) : agrandissement en style académique, frises en céramique émaillée annonçant l’Art nouveau, et préaux soutenus par des colonnes en fonte marseillaise. La chapelle est démolie pour laisser place à un hall monumental avec escaliers et cour d’honneur, réemployant les colonnades de l’hospice.
La rotonde de l’horloge (1887–1889), œuvre d’Auguste Augière, devient un symbole du lycée avec ses allégories du zodiaque, des arts, et une reproduction miniature des arènes et de la Maison Carrée. Le bâtiment, organisé autour de quatre cours en croix, abrite un escalier central sous une tour carrée. Classé monument historique en 2007, il perpétue l’héritage de l’Université de Nîmes (fondée en 1539) et du collège des Jésuites, après des métamorphoses successives : École centrale, lycée impérial, puis national.
Le lycée, renommé en 1966 en hommage à l’écrivain Alphonse Daudet, se distingue par son architecture éclectique mêlant brique et pierre, et ses décors allégoriques. Proche des arènes et de la Maison Carrée, il incarne la transition entre l’héritage antique de Nîmes et les ambitions éducatives de la IIIe République. Aujourd’hui, il reste l’un des plus grands lycées de l’académie, avec des formations générales, technologiques et des classes préparatoires.
Son histoire reflète les mutations urbaines de Nîmes : démolition des remparts au XIXe siècle, transfert de l’hospice (devenu hôpital Gaston-Doumergue en 1938), et réaffectation des bâtiments du faubourg Saint-Antoine. Les arcades, initialement ouvertes pour des commerces, furent fermées lors de la conversion en lycée. L’établissement conserve des traces de chaque époque, des loges pour aliénés (1822–1824) aux extensions contemporaines exclues du classement historique.
Depuis 2007, sa protection patrimoniale couvre l’aile de Durand sur le boulevard Victor-Hugo, les façades et toitures des cours, à l’exclusion des parties modernes. Le lycée, toujours en activité, allie patrimoine et innovation, avec des sections bilingues (Abibac), des options artistiques, et une vie associative dynamique, perpétuant son rôle central dans la vie nîmoise.