Origine et histoire
Situé dans le quartier de Moulins à Lille, le lycée César‑Baggio occupe le vaste ensemble édifié dans les années 1930 sur l’emplacement des anciennes fortifications du XIXe siècle ; sa construction, décidée dans le cadre du grand programme urbain mené par Roger Salengro, a abouti à l’inauguration de l’établissement en 1938. Conçu par les architectes Jacques Alleman et Chenal, l’ensemble, d’inspiration Art déco, associe une aile tournée vers le sud, dédiée à l’enseignement théorique, et une aile tournée vers le nord, au caractère plus industriel, reliées par deux ailes de liaison dont l’une a été partiellement détruite lors d’un bombardement en 1944. La longue façade sud, rythmée par la brique sur une longueur de 158 mètres, offre une perspective vers le jardin des plantes et se distingue par un portail en ferronnerie donnant accès à un hall richement décoré de céramiques, de luminaires et de balustrades. Le décor géométrique de la façade et de l’entrée, composé d’étoiles et de soleils, évoque la lumière et la raison et laisse percevoir l’influence du compagnonnage et de la franc‑maçonnerie. La façade et la toiture sud ainsi que le hall d’entrée sont inscrits aux monuments historiques depuis 1997.
L’établissement issu de la réunion de l’école pratique d’industrie César‑Baggio et de l’école primaire supérieure Benjamin‑Franklin reprend une tradition d’enseignement technique et professionnel qui remonte à la fin du XIXe siècle : l’école pratique d’industrie, autorisée en 1898 et ouverte en 1899, proposait alors des sections bois, fer et imprimerie pour former à de nombreuses professions artisanales et industrielles, et fut l’un des premiers établissements lillois équipés de l’éclairage électrique. À l’origine nommé Institut Diderot, l’ensemble visait à rapprocher l’enseignement technique et l’enseignement moderne afin de favoriser l’accès des ouvriers et de leurs fils à une formation scientifique et professionnelle adaptée au monde industriel.
Jacques Alleman, architecte de l’ensemble, développe dans cette œuvre une esthétique marquée par le style Art déco, une symbolique géométrique et une attention soignée aux détails (appuis, chevrons, colonnes en béton apparent, briques vernissées), signes de son engagement esthétique et de ses références personnelles. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’institut fut occupé et utilisé par les troupes allemandes, ce qui transforma temporairement les locaux ; des incidents de résistance et des répressions eurent lieu au sein de l’établissement, et les bombardements de juin 1944 endommagèrent une partie des ateliers et de la salle d’éducation physique. Parmi les membres de la communauté éducative engagés dans la Résistance, Raymond Deken, professeur d’anglais, fut arrêté et exécuté en Allemagne en 1944.
Après la guerre, le lycée a développé son offre pédagogique en accompagnant l’évolution de l’enseignement technique et professionnel : recrutement après la classe de cinquième, préparation aux diplômes professionnels (CAP, BEI, puis BEP), ouverture à des formations scientifiques et supérieures (baccalauréats techniques, classes préparatoires, sections de techniciens supérieurs et BTS), ainsi que de nombreuses actions de formation continue et de reconversion en partenariat avec le monde économique. Des constructions successives dans les années 1980 ont permis de regrouper l’administration, la restauration et l’hébergement, puis d’accueillir des enseignements technologiques dans un nouveau bâtiment en cour.
Aujourd’hui, le lycée César‑Baggio est un établissement public d’enseignement général, technologique et professionnel qui demeure ancré dans son quartier et dans l’histoire industrielle et sociale de Lille, tout en conservant une architecture emblématique des ambitions urbanistiques et pédagogiques des années 1930.