Origine et histoire du Lycée
Le lycée Fustel-de-Coulanges de Strasbourg trouve ses origines en 1681, lorsque Louis XIV, après la conquête de la ville impériale libre de Strasbourg, autorise les Jésuites à y fonder un Collège royal en 1685. Ce collège, destiné à éduquer la jeunesse alsacienne dans la religion catholique et en langue française, est construit dans un style architectural classique au XVIIe siècle. Les bâtiments, jouxtant le Grand Séminaire et le palais Rohan, deviennent un symbole de l’influence française dans une région alors majoritairement protestante et germanophone. Pendant la Révolution (1795-1802), les lieux abritent une école centrale à l’existence précaire, avant d’être transformés en Lycée impérial en 1804 sous Napoléon Ier, marquant sa vocation à former l’élite nationale.
En 1871, après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne, le lycée est rebaptisé Kaiserliches Lyzeum et intègre le système éducatif allemand jusqu’en 1918. La période est marquée par des tensions, comme le retrait forcé d’élèves alsaciens francophiles, dont Charles Andler en 1879. Après la Première Guerre mondiale, l’établissement reprend son statut français en 1919 et est nommé en hommage à l’historien Numa Denis Fustel de Coulanges, ancien professeur à l’université de Strasbourg. Durant la Seconde Guerre mondiale, sous l’occupation nazie (1940-1944), il devient l’Oberschule Erwin von Steinbach, avant de retrouver son nom actuel à la Libération.
Le lycée se distingue par son héritage jésuite et son rôle pionnier dans l’éducation alsacienne. Au XIXe siècle, il accueille des figures comme Jules Ferry, futur ministre de l’Instruction publique, qui y obtient son baccalauréat en 1851. En 1974, il participe à l’Expérience des 58 lycées, un projet ministériel novateur d’initiation à l’informatique, équipé d’un mini-ordinateur Mitra 15 et de terminaux LSE. Aujourd’hui, il reste l’un des trois lycées en France à préparer spécifiquement au concours de l’École nationale des Chartes, aux côtés de Henri-IV (Paris) et Pierre-de-Fermat (Toulouse).
Architecturalement, le lycée occupe un ensemble de bâtiments classiques du XVIIe siècle, partiellement protégés comme monuments historiques depuis 1929 (façades et toitures sur la place du Château). Son emplacement, au pied de la cathédrale et à proximité du palais Rohan, en fait un acteur central du patrimoine strasbourgeois. En 2022, il est classé 2e lycée du Bas-Rhin et 223e au niveau national, soulignant son excellence académique, notamment dans les filières littéraires et les langues anciennes (latin, grec).
L’établissement célèbre des anniversaires marquants, comme le tricentenaire du Collège royal en 1985 et le bicentenaire du Lycée impérial en 2004. Son histoire reflète les bouleversements politiques de l’Alsace, passant de l’influence française à allemande, puis à nouveau française, tout en conservant une identité éducative d’excellence. Aujourd’hui, il propose des enseignements rares, comme des langues orientales (chinois, japonais, russe) et des classes à thème (Humanités, Archimède, Patrimoine), renforçant son statut de lycée d’exception dans le Grand Est.