Origine et histoire
Le lycée Stéphane-Mallarmé occupe l’emplacement de l’ancien couvent des Célestins, fondé au XIVe siècle par Jean de Maisières et son épouse Isabelle Bilouard. En 1336, le couple envisage la construction d’une chapelle dédiée à la Vierge, achevée en 1345 près de leur demeure, rue de la Parcheminerie (actuelle rue Thénard). Cette chapelle, enrichie par des dons de nobles et bourgeois sénonais, devient un lieu de culte animé par quatre chapelains. En 1366, les moines Célestins transforment le site en prieuré et collège monastique, avec l’accord de l’archevêque Guillaume de Melun. Isabelle de Maisières y prend le voile avant d’y mourir en 1370.
Au XVe siècle, les Célestins reconstruisent la chapelle (consacrée en 1415) et édifient un cloître rectangulaire entouré de bâtiments monastiques, dont une infirmerie et un moulin à vent. L’église, rebâtie à partir de 1477 sous la direction du maître maçon Philippot Sauvage, est ornée de stalles sculptées par Jacquot Laroche et de vitraux de Jean Hympe. Malgré des incendies dévastateurs (1521, 1655), le monastère est reconstruit, notamment grâce à l’autorisation de Louis XIV en 1669 pour ériger un dortoir sur les remparts de la ville. Au XVIIIe siècle, une nouvelle chapelle est édifiée (1735-1739) sous l’archevêque Jean-Joseph Languet de Gergy.
La Révolution française marque un tournant : le couvent, sécularisé en 1770, est vendu pour éponger les dettes des moines. En 1803, les bâtiments deviennent l’École secondaire de Sens, puis le collège de Sens en 1809. Transformé en lycée impérial en 1854 sous Napoléon III, il accueille des figures comme Stéphane Mallarmé (1856-1860). Pendant les deux guerres mondiales, le lycée sert d’hôpital militaire. En 1966, il devient le collège Stéphane-Mallarmé, conservant des éléments classiques comme la chapelle et le cloître, inscrits aux monuments historiques en 1966.
Le site est aussi lié à l’histoire éducative locale : le collège de Sens, fondé en 1537 par le chanoine Philippe Hodoard, fusionne avec les bâtiments des Célestins après la Révolution. Géré par les Jésuites (1623-1762), puis par des régents parisiens, il est confisqué comme bien national en 1793. Son héritage perdure à travers des personnalités comme les généraux Toutée et Belin, ou l’écrivain Robert Brasillach. Aujourd’hui, le collège incarne la continuité entre patrimoine religieux et éducation publique.
Les vestiges protégés incluent la chapelle du XVIIIe siècle, la galerie nord du cloître, et des façades témoignant des reconstructions successives. Les matériaux de la « grosse tour » démolie en 1787 ont servi à rehausser une aile. Le lycée, marqué par des événements tragiques (comme l’invasion wurtembergeoise de 1814), reste un symbole de résilience architecturale et pédagogique en Bourgogne-Franche-Comté.