Origine et histoire
L’Hôtel-Dieu de Paris, fondé vers 650 par l’évêque Landry selon la tradition, est le plus ancien hôpital de la capitale. Initialement dédié à l’accueil des pèlerins et des malades pauvres, il symbolise la charité chrétienne médiévale. Les premiers bâtiments attestés datent de 829, près de l’église Saint-Étienne, et l’hôpital est reconstruit en 1165 par l’évêque Maurice de Sully. Au Moyen Âge, il est géré par des sœurs Augustines, sans présence médicale systématique, les médecins ne s’y installant qu’au XVIIIe siècle.
Au XVIe siècle, l’État intervient progressivement dans sa gestion, notamment sous Louis XIV et Louis XVI, avec la création de postes d’inspecteurs des hôpitaux. L’Hôtel-Dieu, distinct de l’Hôpital général (lieu de réclusion pour marginaux créé en 1656), reste un lieu de soins pour les indigents. En 1772, un incendie détruit une partie des bâtiments, accélérant les réformes. La Révolution transfère sa gestion à l’Assistance Publique en 1800, marquant son passage d’une institution religieuse à un établissement public.
Entre 1867 et 1878, l’Hôtel-Dieu est entièrement reconstruit sous la direction des architectes Émile Jacques Gilbert et Arthur-Stanislas Diet, dans le cadre des grands travaux haussmanniens. Le nouvel édifice, de style toscan, adopte un plan pavillonnaire hygiéniste avec une cour centrale monumentale et une chapelle. Classé monument historique en 2023, il incarne l’évolution de l’architecture hospitalière et reste un symbole médical parisien.
Au XXIe siècle, l’Hôtel-Dieu fait face à des défis de modernisation. En 2019, un projet de réaménagement prévoit de consacrer un tiers de sa surface à des commerces, un incubateur d’entreprises santé et un futur musée dédié à Notre-Dame, annoncé par Emmanuel Macron en 2023. Ce projet, controversé, suscite des débats sur la préservation de sa vocation hospitalière historique et son adaptation aux enjeux contemporains.
Le site, desservi par la station de métro Cité, abrite toujours des services médicaux spécialisés (diabétologie, ophtalmologie) et des urgences. Son avenir oscille entre préservation patrimoniale et innovation, reflétant les tensions entre mémoire collective et mutations urbaines. La rénovation en cours (2019–2025) vise à concilier ces dimensions, tout en intégrant des espaces publics et culturels.